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MÉMOIRES DE PIERRE

BAPAUME


Statue du général Faidherbe



Localisation :
En face de la Mairie


Date d'inauguration : Dimanche 18 août 1929



Sculpteur de la première statue : Louis NOEL (Saint-Omer). La statue a été fondue aux établissements Denonvillers ( à Sarmaize).

Date d'inauguration : 29 septembre 1890





Né à Lille en 1818, mort en 1889, Louis Faidherbe est un des principaux acteurs de la pacification du Sénégal à l'époque de la colonisation. En novembre 1870, il devient commandant de l'armée du Nord.

Une nouvelle statue fut érigée en 1929, en remplacement de la première renversée par les Allemands le 29 septembre 1916. Sa restauration était estimée en 1919 à 68.085 francs dans la déclaration de dommages de guerre établi par la commune.



 Bapaume général Faidherbe

Le journal Le Réveil du Nord rapporte l'inauguration du monument restauré dans son édition du 19 août 1929 :

L’inauguration de la statue du général Faidherbe, à Bapaume
M. Painlevé, ministre de la Guerre, a présidé les manifestations d’hier et a remis la croix de guerre à la ville


Bapaume à travers les siècles, quatorze fois pillée, incendiée ou détruite, commémorait hier un des faits les plus glorieux de son histoire. Sous la présidence de M. Painlevé, ministre de la Guerre, en présence d’une foule considérable venue de toutes les villes et villages de la région, théâtre de sanglants combats au cours de la grande guerre, la vaillante cité célébrait sa résurrection, symbolisée par l’inauguration de la statue du général Faidherbe, vainqueurs des Allemands à la mémorable bataille du 3 janvier 1871. Cette manifestation revêtit un caractère grandiose et impressionnant, tant fut chaleureux l’élan de la population pour venir attester de son culte du souvenir et de sa foi en le renaissance de la cité. Sur la Grand’Place de Bapaume, relevée de ses ruines par un miracle de labeur et d’énergie, le bronze symbolique que les Allemands avaient jeté bas de son socle au cours de l’occupation, a repris sa place d’honneur. Aux générations à venir, il enseignera la bravoure, le courage, l’amour de la patrie, qui furent les grandes qualités du héros de Pont-Noyelles et de Bapaume. 

Dans Bapaume en fête
Bapaume hier matin s’est éveillée aux grondements du canon. Mais ce n’était plus les salves meurtrières qui, de 1914 à 1917, semaient l’épouvante et la dévastation dans la ville, c’était une salve d’allégresse annonçant les fêtes de la renaissance. Dans la ville, parée de ses plus beaux atours, somptueusement décorée, une foule considérable circulait ; visiteurs, promeneurs, sociétés des cités voisines, venues par leur présence rendre plus grandiose encore les festivités.
A 11 heures devant la mairie, au pied du vieux donjon, témoin de tant d’heures et de vicissitudes, en présence des autorités et des sociétés locales, le colonel Frère remettait à un enfant de Bapaume, le lieutenant de réserve Talleux, la croix de la Légion d’honneur, dignement méritée par le nouveau légionnaire. Quelques minutes plus tard, la foule se massait sur les promenades, à l’entrée des faubourgs de Péronne, pour recevoir M. Painlevé, ministre de la Guerre, qui venait honorer de sa présence la cérémonie toute vibrante de souvenirs et de patriotisme.

La réception de M. Painlevé
Au milieu des acclamations, à travers les spectateurs qui se pressaient en haies profondes aux abords de la route, M. Painlevé, qui était accompagné de son chef de cabinet, le général Marquis, pénétra dans la ville où il fut reçu par M. le maire, Abel Guidet, entouré de ses adjoints, MM. Chatellier et Dauchy. Parmi les nombreuses personnalités présentes, nous notons MM. Peytral, préfet du Pas-de-Calais ; Bachelet, Théret, Farjon, Lefebvre du Prey, sénateurs ; Tailliandier et Lemelle, députés ; le général Boquet, le colonel Frère ; le commandant Cary ; la capitaine Chapuis, le capitaine Haverland ; MM. Goubet, Manoury, conseillers généraux ; Gaston Stenne, Boisleux et Pradoura, conseillers d’arrondissement ; Veveaud, chef de cabinet du préfet ; Labay, secrétaire général de la préfecture ; Level,  directeur des chemins de fer d’Achiet à Bapaume ; Wachmar, président de la fédération du Nord des sociétés de gymnastique ; Hagneaux, ingénieur ; Cualacci, Wemaere, Boutet, ingénieur en chef des Ponts et Chaussées ; le commandant de gendarmerie Wiart, le statuaire Déchin, Bodart, architecte ; Guislain, le dévoué secrétaire de mairie, etc.
Les sociétés locales, anciens combattants, mutilés, pompiers, gymnastes formaient une haire d’honneur au ministre, accueilli aux accents vibrants d’une Marseillaise. M. A. Guidet souhaita en termes heureux la bienvenue à M. Painlevé. Les autorités traversèrent ensuite la ville après que le ministre eut été s’incliner et se recueillir devant le monument aux morts.

Le banquet
A 12 heures, suivant un horaire fidèlement respecté grâce à l’activité des commissaires, MM. L. Vernet et Legay-Vasseur notamment, se déroula dans une des coquettes salles de l’école maternelle un banquet qui réunit deux cent convives. Le repas, excellemment servi par M. Fourrière, de Péronne, fut présidé par M. Painlevé, ayant à ses côtés MM. Guidet et Lefebvre du Prey.
Lorsque le champagne pétilla dans les coupes des toasts furent portés. M. Peytral, préfet du Pas-de-Calais, remercia M. Painlevé d’avoir rehaussé de sa présence cette cérémonie. Il retraça le long et glorieux passé de Bapaume et exprima sa joie de voir figurer sur ses armoiries la croix de guerre à côté de la Légion d’honneur. M. Guidet, maire, exprima sa joie et la gratitude de la population envers les personnes présentes, notamment le ministre venu dans la cité martyre. M. Farjon, sénateur, donna lecture de documents sur la bataille de Bapaume et fit une vigoureuse apologie du général Faidherbe. M. Bachelet, sénateur, exprima la confiance de tous dans le gouvernement de la République sui saura éviter le retour des terribles catastrophes que sont les guerres. M. Tailliandier, député, félicita la municipalité et la ville pour la brillante fête du souvenir organisée en ce jour, et pour le magnifique effort de reconstitution qui a été accompli. M. Painlevé prit ensuite la parole, remerciant la municipalité de l’avoir associé à la célébration de la renaissance de la ville. Après avoir évoqué des souvenirs personnels sur Bapaume, il porta un toast « à la race fière des Français du Nord auquel le pays n’a jamais fait appel en vain, à Bapaume héroïque et ressuscitée ».

L’inauguration du monument
Une foule considérable était massée sur la place, des milliers et des milliers de personnes lorsque les notabilités prirent place dans la tribune d’honneur élevée auprès de la statue. Ce fut alors le défilé des sociétés, impressionnant dans sa majesté, par le nombre des participants, impressionnant aussi par le cadre dans lequel se déroulait la manifestation, sur cette place où les traces de la dévastation sont encore fraîche.  Les sociétés locales et régionales de mutilés, anciens combattants, prisonniers civils, sapeurs-pompiers, gymnastes, groupant plus de 3000 membres, virent se ranger dans l’enceinte réservée autour de la statue. Après avoir défilé aux accents de marches militaires jouées par la société de musique des mines d’Aniche. M. Guidet prit le premier la parole. Il fit une vibrante apologie du général, dont le nom est indissolublement uni à celui de Bapaume. « Faidherbe, dit-il, lègue à tous un noble exemple et une foi ardente dans les destinées du pays ». M. Goubet, conseiller général, vint à son tour rappeler les épisodes de la victoire de Bapaume en 1871, bataille dont il fut témoin et dont nous avons hier donné le récit d’après lui-même.

Le discours de M. Painlevé
M. Painlevé termina la série des discours. «L’héroïque cité de Bapaume, dit-il, se devait à elle-même de relever de ses ruines le monument dressé jadis en l’honneur du grand chef qui, dans ces plaines mêmes, aux jours les plus sombres de décembre 1870 et janvier 1871, ne désespéra pas du salut du pays ». Le ministre fit ensuite un vivant parallèle entre ces deux belles figures que furent Faidherbe et Galliéni qui affirmèrent leur maîtrise dans le développement de la plus grande guerre. Il rappelle ensuite les affres de la guerre que connut Bapaume en 1871, puis quarante quatre ans plus tard au cours de la plus terrible des guerres. « Si nous évoquons en ce jour, dit-il, de tels souvenirs ce n’est pas pour ranimer des ressentiments et des haines, c’est pour y puiser des leçons de constance et de fermeté d’âmes. C’est pour rendre plus profonde encore notre horreur de la guerre et plus résolue notre volonté de ne rien épargner afin d’en éviter le retour ». Certes, dans les jours qui ont suivi la fin du grand drame, l’illusion était naturelle de croire que tant d’héroïsmes accumulé, tant de douleurs, tant de deuils assureraient du moins aux générations nouvelles une vie de facilité d’ou le péril serait banni. La tâche humaine est plus longue et ses progrès plus lents, il a fallu beaucoup de constance, de courage, de patience pour faire la guerre ; il faut beaucoup de courage et de patience pour faire la paix. Alors que tant de forces mauvaises tourmentes encore notre vieux monde, le peuple qui fait confiance aux forces de paix court des risques. Pour qu’il les puisse affronter sans témérité il faut que sa volonté de résister indéfectiblement à quiconque voudrait abuser de sa bonne foi soit éclatante, qu’elle décourage à l’avance les fauteurs de troubles et de violences et permette ainsi dans chaque nation aux bons constructeurs de la paix de poursuivre leur œuvre. Quand les jeunes générations qui vous succéderont, messieurs, sur ce sol meurtri par l’invasion, auront besoin de guides ou de leçons pour bien connaître leur devoir, il leur suffira d’évoquer les traditions de votre glorieuse cité, l’exemple de leurs pères, de jeter les yeux sur cette image du grand français devenu le patron de Bapaume. »
De vigoureux applaudissements soulignèrent le discours du ministre de la Guerre.

La remise de la Croix de guerre
Sur le bronze qui matérialise les traits du vainqueur des Allemands à Bapaume en 1871, les rayons du soleil se reflètent, et la statue paraît embrasée. Sur la foule attentive un frémissement court, lorsque après un roulement de tambour, les clairons lancent la sonnerie « Ouvrez le ban ». « Au nom du Gouvernement, dit M. Painlevé, je remets à la ville de Bapaume la médaille militaire » et le ministre lit la glorieuse citation à l’ordre de l’armée que nous avons publiée dernièrement. Sur le coussin aux armoiries de la ville, il épingle ensuite la médaille, à côté de la Légion d’honneur qui a déjà récompensé la vaillance et l’héroïsme de Bapaume et de ses habitants.


Bapaume Faidherbe
dessin de la statue de 1891


Sources :
- Archives départementales du Pas-de-Calais. Cote : 10R4/58
- Photographie prise en juin 2005






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