Retour
MÉMOIRES DE PIERRE

BULLY-LES-MINES


Monument à l'agent de liaison MARCHE



Localisation :
Jusqu'au environ de 1977, le monument était implanté à l'entrée du carreau de la fosse 1, rue Casimir Beugnet. Depuis, il a été déplacé (en 1985) d'une centaine de mètres dans la même rue, à l'entrée du Square Henri Darras

Conflit commémoré :  1914-1918

Sculpteur : Armand ROBLOT, lauréat du salon des artistes Français

Date d'inauguration : 4 octobre 1925
Monument à l'agent de liason Marche            
Rappel historique :

Fernand Joseph Edouard MARCHE est né le 2 juin 1888 au Coron d'Aix à Bully-les-Mines, d'Edouard et de Pauline Mans (décédée le 27/09/1905). Son père est mineur et lui même descend à l'âge de 13 ans comme galibot à la fosse 1 de la compagnie des mines de Béthune. Marié le 10 octobre 1908 à Angélina Louisa Maria Pischon (couturière, née le 11/07/1890 à Tilques, d'Auguste (chauffeur) et de Louise Davion (ménagère). Avant leur mariage, Fernand et Angélina ont eu une fille, Fernand-Pauline Pischon, fille naturelle, née le 15/07/1908 à Bully.  Plus tard, ils auront un deuxième enfant.  Il a été domicilié successivement à Liévin, Bully (corons d’Aix, maison Dambrine). Signalement : blond, yeux gris bleu, 1 m 73, degré d’instruction : 2.

Fernand Marche est incorporé pour son service militaire le 08/10/1909 au 33e RI comme soldat de 2e classe (Matr. 1434, recrutement Béthune) ; passé dans la réserve le 09/10/1911, il obtint son certificat de bonne conduite. Rappelé à l’activité par suite de la mobilisation générale, arrivé au corps le 04/08/1914 au 33e, passé au 130e RI le 29/10/1915. Il participe aux combats sur les fronts des Flandres, d'Artois, de la Somme, de la Champagne et de Verdun. Il a été blessé le 08/10/1915 aux combats de la ferme Navarin près de Souain (Marne).

Depuis le début juillet 1916, le 130e R.I. tenait le secteur de Verdun. Au début août, il était en ligne à 200 mètres de l'ouvrage de Thiaumont, occupé par les Allemands. Le poste de commandement du Colonel étant situé à 30 mètres du saillant de la fermeture de la ligne française face à l'ennemi, cette position avancée ne pouvait être relié par téléphone avec l'arrière à cause des bombardements fréquents. Seuls des coureurs se relayant de trous d'obus en trous d'obus pouvaient assurer la liaison. Ces coureurs étaient fournis par la première compagnie, celle du soldat MARCHE.

Le lieutenant ENGERAND, détaché aux carrières de Bras, montait et assurait le service des communications. Le 1er août 1916, un ordre urgent et important de la division arrive aux carrières. Le lieutenant demande un volontaire pour porter le pli au Colonel sans s'arrêter aux relais. Le soldat MARCHE se désigne.

Prenant le papier dans son portefeuille, il se met en route et ne revint jamais, il n'arriva même pas. Toutefois, le pli avait été transmis permettant l'arrivée de renfort qui ont permis de tenir la position. MARCHE avait été fauché par un obus. Atteint à la gorge et au ventre, il se traîne jusqu'à une croisée de pistes et meurt, couché sur le dos, le bras droit raidi, levé vers le ciel, tenant dans sa main crispé le pli ensanglanté. C'est un agent de liaison d'un autre régiment aui trouva ainsi le soldat et son message.

L'héroïsme de Fernand MARCHE fut porté à la connaissance des troupes par une relation à l'ordre de la division, la 28 août 1916 : "MARCHE Fernand Joseph Edouard, matricule 1434, soldat de 2ème classe, agent de liaison, volontaire pour porter un pli à son colonel, a été tué le 1er août 1916, en cours de route, sa dernière pensée étant tout à sa mission ; le coureur suivant à trouver son corps, le bras tendu en l'air et les doigts crispés sur le pli qu'il portait".  Son acte de décès a ét transcrit à Bully le 23/01/1917.

Le 2 octobre 1920, la médaille militaire fut attribuée au soldat MARCHE.

L'Echo de Paris joua un rôle particulier dans la naissance de la légende de Fernand Marche.

Extrait de l’Echo de Paris du 27 mars 1922
LE  CAPORAL  MARCHE

Monsieur Engerand Député, a adresser à Monsieur Maginot la lettre suivante :
                                                           
                                                                                     Paris le 21 mars 1922.

                                                 Monsieur le Ministre et Cher Collègue,

        L’un des plus admirables actes d’héroïsme au cours de cette guerre est assurément  celui du Caporal Marche (Fernand) du 130ème  RI classe 1908 (N° matricule 4112) du recrutement de Béthune, tué le 1er août 1916 devant Thiaumont dans des circonstances que déjà la presse a mentionnées sans donner son nom (cf. un article de L’Echo de Paris du 14 novembre 1921, "Faites passer" par Roland Engerand.). Le 130ème RI sous le commandement du Lieutenant Colonel Lebaud, après avoir du 7 au 17 juillet 1916 tenu lu des pires  secteurs devant Thiaumont et dans des conditions particulièrement pénibles puisqu’il eut à subir pendant ce laps de temps malgré les représentations réitérées de son chef, le feu concurrent de notre  artillerie et de l’artillerie ennemie, le 130ème RI reprenait le 27 juillet, le même secteur et hélas toujours dans les mêmes conditions : c’était l’un des durs moments de la gigantesque bataille de Verdum.
          Le Caporal marche était l’un des coureurs chargé d’assurer la liaison du régiment avec sa brigade. Le rôle de ces "coureurs" était périlleux entre tous,  puisque ayant à traverser des terrains découverts, ils étaient vus de partout et l’objet de tirs multipliés de l’artillerie ennemie. Ces déplacements n’étaient d’ailleurs pas toujours motivés par des raisons sérieuses : beaucoup s’exposaient et même trouvaient le mort pour aller signaler "qu’il n’y avait rien de nouveau". Malgré les représentations du commandement cet abus ne cessa pas, mais toujours on trouvait des volontaires . Marche fut un de ceux là.
Après trois jours de tir d’écrasement ……………130ème RI des pertes considérables sans ent………………………… , le 1er août une vive attaque allemande ……. pour couper le 130ème  RI, de son voisin de secteur le  117ème RI, elle réussit à couper ces deux régiments et à creuser une poche profonde qui non seulement mettait l’un et l’autre dans une situation critique, mais qui, exploitée, eût pu compromettre l’intégralité même du front.
Des renforts étaient nécessaires et, à tout prix, il fallait mettre au courant la brigade. Beaucoup de "coureurs" avaient déjà été tués ; le caporal Marche s’offre pour cette mission redoutable. Le Colonel Lebaud en lui remettant le pli à porter, lui expose la gravité de la situation et l’importance sans égale de sa mission : il faut que le pli arrive coute que coute à destination, il y va du salut du régiment et peut-être de l’issue de la bataille ; le Colonel embrasse le petit
"coureur" et Marche s’en va , résolu à faire tout son devoir et plus que son devoir. Il chemine sous un feu d’enfer de trou d’obus en trou d’obus ; il est atteint mortellement.
               Je ne puis pas mieux faire que de transcrire ici telles furent racontées
par l’Echo de Paris et après les avoir vérifiées, les conditions de cette mort
plus héroïque : " Ce soldat pénétré de son rôle et sachant que sa mission devait être  remplie à tout prix a compris qu’il allait mourir, mais qu’il ne fallait pas qu’il meure tout à fait. Il a dû entrevoir, dans un couloir, que, s’il se recroquevillait pour mourir, comme le veut la nature, c’était la catastrophe. Et Marche mourant, ayant tiré de son portefeuille le précieux pli, s’est traîné jusqu’à un carrefour proche, et il est mort comme il voulait mourir, en travers un carrefour, bien en vue, couché sur le dos, son bras gauche serrant son ventre sanglant et son bras droit prodigieusement raidi, dressé vers le ciel tenant dans sa main crispée le
pli remis par son colonel."

     Assurément, Marche pensait qu’un autre "coureur" passant là, ne pourrait pas ne pas  être frappé de l’attitude extraordinaire de ce cadavre, et que, voyant dans cette main ce pli, il comprendrait et le porterait à destination.
Et c’est ce qui advint. Cette intuition sublime fut réalisé, un agent de  liaison bientôt passa, comprit, prit le pli, le porta, les renforts furent envoyés et la situation fut rétablie.
Cette mort de Marche n’a pas, je crois, son égale dans l’histoire. J’ai contrôlé le fait, il est rigoureusement exact : le témoignage du Lieutenant Colonel Lebaud actuellement au 172ème RI à Kaiserlautern, en confirma la réalité. Aussi bien l’acte de Marche est-il au 130ème RI considéré comme un des titres de gloire de ce glorieux régiment ; le foyer du soldat de Mayence porte son nom.
 Je crois qu’une simple citation et la médaille militaire, décernée à titre posthume ; ont reconnu cet héroïsme inégale. Je suis sur que vous estimerez, Monsieur  le Ministre que ce n’est pas assez ; je vous demande et vous m’accorderez pour l’admirable Fernand Marche, du 130ème RI, la légion d’honneur et je souhaiterais que sa remise s’accompagne de la lecture du fait sublime qui l’a méritée.
 Il faut rappeler de tels glorieux souvenirs qui attestent quelles cimes atteignit l’âme française au cours de la grande guerre.
Veuillez agréer, Monsieur le Ministre et Cher Collègue l’assurance de ma haute considération.

                                                         Signé :      Fernand Engerand.


Extrait de l’Echo de Paris du 10 Décembre 1922.

FERNAND   MARCHE
L’Echo de Paris a fait connaître l’acte d’héroïsme le plus beau de la guerre. Dans notre numéro du 14 novembre 1921, le capitaine Roland Engerand relatait la mort devant Verdun de cet agent de liaison qui, chargé de remettre un pli important et frappé mortellement au cours de sa mission, eut la sublime inspiration et la force d’âme de mourir en tenant levée la main où se trouvait ce li, dans la pensée que " le coureur " qui après lui passerait par là, le verrait et la remettrait à sa destination.
Ce récit émouvant aurait pu paraître imaginé tant le fait apparaît comme surhumain. Le capitaine Roland Engerand a pu en établir la réalité et identifier le héros : Fernand marche, du 130e R.I. et du recrutement de Béthune.
Voici en quels termes le lieutenant colonel Lebeaud, qui commandait alors le 130e R.I. et qui fut l’un des témoins, rapporte le fait dans son  livre : " COMMANDER" (Chapelot.1922) " Le régiment était en ligne à quelque cent mètres de la redoute de Thiaumont. Entre le P.C. du colonel et le terminus du téléphone aux carrières de Bras : 1.800 mètres environ du terrain chaotique, traversé par la piste des coureurs que jalonnaient de nombreux cadavres. D’habitude, les messages, venant de l’arrière étaient transmis de relais en relais. Un jour un pli particulièrement important, émanant de la division, arrive au point de départ de la chaîne des coureurs. L’idée vient au lieutenant, placé là pour assurer les transmissions , de demander un volontaire pour porter le pli directement au colonel plutôt que de le faire passer par les relais. Dix hommes présents, dix mains se lèvent- c’était toujours ainsi. Le choix du lieutenant se porta sur le soldat Marche, dont le nom mérite de passer à la postérité. Avant de se lancer sur la piste, il appelle son attention sur l’importance du pli dont il avait la charge, Marche part, il est tué en route.
"Plus tard un autre coureur, chargé d’une autre mission, arrive au P.C. essoufflé, en nage, me tombe dans les bras plus mort que vif – c’est ainsi qu’ils arrivaient tous au sortir de leur course infernale – et, après m’avoir remis son message, ajoute "De plus, mon colonel, voici ce pli que j’ai trouvé en route, mon camarade Marche, tué sur la pista, le tenait dans sa main crispée, le bras en l’air ". l’enveloppe était froissée et maculée de sang. En mourrant la dernière  pensée de Marche avait été pour sa mission".
Ce geste sublime fut reconnu par cette incomparable citation du 28 août 1916, à l’ordre de la 8e division :
"MARCHE Fernand Joseph Edouard, Matricule 1434, soldat 2e classe, agent de liaison, Volontaire pour porter un pli à son colonel, a été tué, le 1er août 1916, en cours de route, sa dernière pensée était toute à sa mission ( le coureur suivant a trouvé son corps, le bras tendu en l’air et les doigts crispés sur le pli à porter.
Le 2 octobre 1920, la médaille militaire au titre posthume était attribuée à Fernand Marche.
Le 21 mars 1922, Monsieur Fernand Engerand, député du Calvados qui avait avec son fils, travaillé à cette identification demandait au ministre de la guerre, par lettre ouverte parue dans l’ECHO DE PARIS du 27 mars, que la légion d’Honneur reconnaisse cet acte d’héroïsme sans pareil dans l’histoire.
Le 28 avril, le Ministre de la Guerre reconnaît la réalité du fait mais déclarait au député du Calvados qu’à son grand regret les règlements ne permettaient d’attribuer la légion d’Honneur à titre posthume qu’aux hommes de troupe médaillés militaires de leur vivant qui ont trouvé la mort au cours d’une section d’éclat nettement caractérisée. Toutefois pour mieux glorifier la mémoire de Marche le Ministre de la Guerre remplaçait la citation à l’ordre de la division par cette citation , à l’ordre de l’armée.
"Soldat d’élite, aux sentiments élevés et de plus bel exemple, le 1er août 1916, au cours d’une forte attaque allemande près de l’ouvrage de Thiaumont, devant Verdun, et après la mort de plusieurs agents de liaison  chargés d’aller, sous un bombardement violent, demander des renforts, s’est proposé à son colonel pour remplir la même mission. Blessé mortellement et voulant que son devoir fût accompli dans l’extrême limite de ses forces s’est traîné jusqu’à  un carrefour proche, ou pouvaient passer des coureurs ; est mort , en tenant en évidence le pli qui lui avait été remis et dont la teneur devait permettre au commandement de soutenir son régiment particulièrement éprouvé.
La publicité donné par l’Echo de Paris à cet acte sublime aura toutefois permis la reconnaissance nationale de se manifester plus et  mieux. Elle a, en effet, permis à Monsieur Fernand Engerand d’identifier complètement la personnalité du héros. Fernand Marche, de la classe 1908, du recrutement de Béthune était ouvrier mineur de la compagnies des mines de Béthune, et nous sommes heureux de reproduire ses traits, d’après une photographie communiquée à Monsieur Fernand Engerand par la famille.
 Mise au courant de la mort héroïque de Marche, la compagnie des  mines de Béthune a jugé qu’il appartenait de lui donner la plus haute consécration, celle d’un monument qui transmette aux générations le souvenir  de cette action.
Un statuaire de talent, lauréat des artistes français, officier de zouaves et blessé de la guerre, Monsieur Armand Roblet, sous le coup de l’émotion causée par la lecture de l’article de l’ECHO DE PARIS, avait fait précisément la maquette d’un monument à la gloire de Fernand  Marche. Cette œuvre , d’une haute inspiration, sera, dans un temps rapproché, érigé à Bully-Grenay, à l’entrée des mines de Béthune, sur le  chemin des mineurs.
Dans un sentiment dont tous apprécieront la délicatesse, les initiatives de cet hommage ont voulu qu’il ne soit que le témoignage de la reconnaissance de la "Compagnie des mines de Béthune" envers son glorieux ouvrier ; ils désirent que cet hommage soit, dans la mesure du possible national.
 Nous nous doutons que la gouvernement n’accorde son patronage et que les souscriptions, si modique qu’en soit le montant de ceux qu’ont émus cette mort héroïque, ne vienne donner à la noble initiative de la Compagnie des mines de Béthune, le caractère national qu’elle doit avoir.
 L’Echo de Paris transmettra volontiers au comité d’initiative les  souscriptions qui lui parviendront.


Voici comment le journal l’Avenir de Lens du jeudi 8 octobre 1925, rapporte l’inauguration du monument au soldat Marche

La compagnie des mines de Béthune a tenu , dimanche, à glorifier l’acte peut-être unique dans sa bravoure à la fois émouvante et simple de l’un de ses mineurs. Il lui appartenait de le faire pour rendre à cette humble collaborateur tout l’hommage qu’il méritait et pour célébrer son sacrifice qui concrétise si bien le caractère plein de noblesse du combattant français.

Cet home est le soldat Fernand Marche qui, dans la lutte effroyable de Verdun, se sacrifia volontairement comme agent de liaison.
Sa citation qui, dans son éloquence militaire remplie de sobre ponctualité, rappelle exactement le fait, vaut d’être reproduite. La voici :
« Soldat d’élite aux sentiments élevés et du plus bel exemple ; le 1er août 1916, au cours d’une forte attaque allemande près de l’ouvrage de Thiaumont devant Verdun et après la mort de plusieurs agents de liaison chargés d’aller sous un bombardement violent demander des renforts, s’est proposé à son colonel pour remplir la même mission. Blessé mortellement, s’est traîné jusqu’à un carrefour proche où pouvaient passer des coureurs ; est mort tenant en évidence le pli qui lui avait été remis et dont la teneur devait permettre au commandement de soutenir son régiment particulièrement éprouvé ».

un monument a été élevé pour commémorer ce sacrifice. Il s’élève sur le terrain de Bully-les-Mines, à l’entrée du puit n°1, où travaillait Marche.
Le chevalement du puits édifié en ciment armé dresse sa silhouette blanchâtre à quelque distance de là.
Le terrain est formé par une grille demi-circulaire que coupent des pilastres à colonnes doubles.
L’œuvre est due au ciseau du sculpteur parisien Armand Roblot. Elle fut inspirée par un article de M. Engerand, député du Calvados, dont le fils fut, avec le colonel Lebaud, un des chefs du soldats Marche.
La beauté de ce geste qui n’a pas été égalé éclaira son génie et guida son talent.
 Le héros a été représenté par le sculpteur dans l’attitude où il fut trouvé ; couché sur le côté gauche, élevant le bras droit dont la main tient le pli qu’il était chargé de porter ; le sol sur lequel il s’est traîné est ravagé par la tourment des combats, et sous le corps du soldat est tombé le poteau indicateur brisé du carrefour de la route de Verdun à Douaumont.
La cérémonie d’inauguration commença à quinze heures.
Autour du monument vinrent se placer les délégations des officiers de complément, des membres de l’union national des combattants, des mutilés, les sociétés de gymnastiques et les harmonies des diverses fosses de la compagnie des mines de Béthune ; la fanfare des dites mines, dirigée par M. Delhaye ; les sociétés de tir et de sports.
De chaque côté du bronze, que recouvre un drapeau tricolore, viennent monter une garde d’honneur, les mineurs de la fosse n°1, en tenue de travail, coiffés du chapeau de cuir, tenant en main le pic et portant, accrochée à la ceinture, la lampe allumée ; tous porte la croix de guerre, et plusieurs la médaille militaire.
Ils se tiennent sous les ordres de François Rombeau, chef porion, lieutenant de réserve, dans la même tenue que ses compagnons, et qui porte, épinglée à la blouse, la croix de chevalier de la Légion d’honneur.
A quinze heures, les autorités prennent place sur l’estrade édifiée à proximité du monument, devant lequel se groupe, sur la route de Cambrin, une foule imposante.
On remarque au côté de M. Plichon, président du conseil d’administration : Mgr Julien, évêque d’Arras ; M. le général Lacapelle ; M. le colonel Lebaud ; M. Mercier, directeur des mines de Béthune ; MM. Salmon, Léon Thiriez, Degouy, administrateurs ; M. Engerand, député du calvados ; M. le capitaine Fauvelle ; M. le curé de Bully.
Aux pieds de l’estrade, des places ont été réservées aux membres de la famille du soldat Marche, et notamment à sa veuve, qui habite actuellement Paris, à ses deux enfants et à ses sœurs.
La sonnerie du Garde à vous retentit ; puis les discours commencent.
Le premier, M. Plichon, prend la parole, et apporte les excuses du général de Castelnau.
Il rappelle les états de service de Marche, qui, appartenant à la classe de 1908, avait 26 ans à la mobilisation.
En 1916, le 130e régiment, auquel il appartenait, vivait l’un des plus durs moments de cette effroyable lutte qui se déroulait devant Verdun. Les corps et leurs fractions ne pouvaient plus correspondre : plus de téléphone, plus de télégraphe, les pigeons eux-mêmes ne volaient plus ; seul, comme toujours, l’homme restait.
La 1ère compagnie fournissait les coureurs, qui avaient 1800 mètres de terrain chaotique à parcourir pour aller correspondre avec le PC du colonel Lebaud.
Marche se présenta pour accomplir une de ses missions. Blessé à mort, il devint l’esclave même de cette nécessité. Il faut que l’ordre arrive. Et c’est alors que se traînant vers u carrefour voisin, il tomba et fut trouvé, le corps figé dans l’attitude que lui avait donné la pensée de faire parvenir cette ordre.
L’histoire des Grecs, dit M. Plichon, a perpétué la beauté de ces gestes fameux. Aucun n’atteint à lélévation de celui que nous glorifions aujourd’hui.
L’orateur félicité le sculpteur de l’heureuse et belle inspiration qui guida son ciseau. Son œuvre dira que dans le cœur des plus humbles brillait la flamme qui fait les héros. Puis, il donna lecture de la citation que nous reproduisons plus haut.
Le voile tricolore tombe alors.
Le général Lacapelle, commandant le 1er corps d’armée, regrette que le général de Castelnau ne soit pas là pour célébrer le courage du soldat Marche, mais d’une vois moins autorisée, il tient à signaler la beauté de ce geste fameux dû à un de ces soldats de France qui poussèrent l’héroïsme jusqu’aux extrême limites.
Dans un récit imagé, il montre tout ce qu’il a fallut d’abnégation à cet homme pour accomplir sa mission sur un champ de bataille tel que Verdun.
Pour les soldats qui viendront après lui, c’est un des plus sublimes exemples.
La Marseillaise retentit à ce moment.
Ensuite, M. Engerand, député du calvados, dont le fils fut un des chefs de Marche, célèbre le dévouement de ce mineur, dont rien ne pourra égaler l’éclat. Les camarades de cet homme peuvent être fiers de celui qui fut leur compagnon de labeur. Il félicite la compagnie des mines de Béthune et le sculpteur , qui est lui-même un ancien officier des zouaves.



JOURNAL DE MARCHE ET D'OPERATIONS
du
130ème REGIMENT D'INFANTERIE
JOURNEE du 1er AOUT 1916


-oOo-

1 H.00 – Quelques obus du 155 français semblent tomber sur l'ouvrage de Thiaumont, bombardement peu intense mais systématique avec obus de différents calibres de la part de l'artillerie ennemie sur tout notre secteur. Formidable manifestation des 2 artilleries mais principalement de la part de l'Artillerie ennemie.

3 H.00 – Depuis une heure le formidable bombardement a cessé, mais il existe encore une manifestation peu active de l'artillerie ennemie.

5 H.15 – A 4 H.30 tir de barrage ennemi d'une violence inouïe, suivi d'une fusillade assez intense sur notre droite. Des groupes ennemis sont vus dans la plaine; nos mitrailleuses tirent efficacement sur eux en les prenant d'écharpe. A 5 H.15 la fusillade et le bombardement ont sensiblement ralenti.

6 H.10 – Colonel à Cdt Petit
Que se passe t il devant nous ?
Si vous manquez de grenades, faites en monter des caisses (Lieutenant Belair)
Dans tous les cas, tenez bon, et ne perdez pas un pouce de terrain.
Ici tout va bien, le moral des hommes est excellent malgré nos pertes de ces derniers jours.

6 H.15 – Colonel à Lieutenant Gécourd
Tenez vous prêts à monter à "Z", dès que je vous en ferai parvenir l'ordre. Je ne crois pas avoir besoin de vous encore, mais ayez l'œil et réfléchissez à la manière de monter ici le plus rapidement possible et avec le moins de pertes. Accusez moi réception de ce mot et envoyez le ensuite à votre chef de bataillon pour qu'il en ait connaissance.

Même heure : Colonel à Commandant du 3° bataillon
Veillez bien à ne pas manquer de grenades. Votre 11° Cie. en réclamait, je lui en ai fait passer de celles que j'avais ici, mais je ne pourrai pas le faire une deuxième fois, car mon dépôt n'est pas considérable. Constituez en un à "X", envoyez moi des renseignements aussitôt que possible.

7 H.00 – Des groupes ennemis ont été vus par mon 2° bat. se dirigeant vers la droite de ma ligne. Des feux de mitrailleuses et de mousqueterie bien déclanchés les ont dispersés et semblent leur avoir occasionné de graves pertes. Pour l'instant, coups de fusil isolés sur toute ma ligne.


7 H.50 – Colonel 130° à Colonel 16° Brigade
Un homme du 117° envoyé par un chef de section arrive à mon P.C. et m'apprend que les Allemands auraient enfoncé la ligne du 117° dans le ravin des 3 Comes. La Cie. de droite du 117° serait coupée de toute communication avec le reste du régiment.
Je ne puis faire contre attaque dans le 117° avec mes 2 Cies. disponibles car mon front a une intensité très faible et je crains pour ma droite. Néanmoins, je dispose de deux Cies. en arrière de ma gauche entre "X" et "Z" pour parer à toute menace de débordement de ma ligne.
Le 117° demande un tir de barrage d'artillerie.

Colonel Lebaud à Cdt du 1er bat.
J'apprends que le 117° serait enfoncé, une seule Cie. reste en liaison avec moi (et encore pas sûr) coupée du reste  de son régiment. La situation est grave sur notre front, on tient bien. Portez vous immédiatement à "X" avec votre Cie. de St Waast. Préparez vous avec vos deux Cies. (1° et 2°) à contre attaquer dans le cas où l'ennemi chercherait à vous déborder à gauche. Par des patrouilles, tâchez de voir clair dans la situation qui nous est faite par cette trouée. Tâchez aussi d'entrer en liaison avec le Colonel du 117°. Renseignez moi souvent.

8 H.15 – Colonel 13° à Commandant 6° Cie. du 117°
Tenez bon sur votre position tout en prenant toutes mesures utiles pour que votre gauche ne soit pas débordée. Je viens de prévenir le Commandant par pigeons voyageurs.
Restez en liaison avec moi et renseignez moi

8 H.30 – Colonel 130° à Cdt du 30° Bat.
Je déplore de n'avoir aucun renseignement de vous, malgré tout ce que je vous ai déjà demandé.

Rien de nouveau sur le front du 2° bat. Seulement un petit pointé Allemand aurait coupé le 117°. 5 sections de ce Régt. restent attenantes à notre gauche, perdu liaison avec le reste du Régt. Ceci dit à  titre de renseignement pour vous, car continuez à ne vous occuper que de votre droite.

Je fais monter le Cdt Laprade à St Jean avec tous les éléments de réserve de Régt. dont nous disposons toutes les mesures utiles pour que notre gauche ne soit pas débordée.

9 H.30 – D'un point pris de "Z", d'où je vois le combat à la grenade qui se livre à l'endroit où la liaison du 117° aurait été coupée, il me semble que la situation serait en voie de rétablissement. Néanmoins, j'ai pris momentanément sous mon commandement, les fonctions du 117° auprès de leur Régt., leur ai ordonné de tenir bon coûte que coûte.

Je réserve ay Régt. à "X", des dispositions susceptibles de parer à un mouvement débordant sur ma gauche.
Nota : On voit les fantassins Allemands se replier individuellement.
Sur mon front, nous avons fait des feux très efficaces sur des groupes ennemis qui se dirigeaient sur le 117°. Ces groupes ont reculé en désordre.

9 H.45 – Colonel 130° à Cdt 1° bat.
La situation de notre gauche semble s'améliorer (d'après ce qu'il est possible de voir d'ici), s'il en est encore temps, maintenez la 1° Cie. et la cM1 à St Waast pour ne pas les exposer à "X" à un bombardement continuel.
Mais montez de votre personne à "X" pour tâcher de voir clair dans la situation du 117° et parer ( à toute éventualité).
Tenez moi au courant le plus vite possible.

10 H.45 – Colonel 130° à Cdt 2° Cie. 130 à "Y"
Cette note à été portée à "Z" par erreur.
La situation s'améliore. Restez prêt à intervenir tout en laissant vos hommes dans la situation la moins vulnérable. Il serait dangereux et inutile pour l'instant d'envoyer des patrouilles sur le 117°. Il suffirait de se mettre en liaison avec la partie où est le Colonel de ce Régiment pour savoir ce qui se passe.
Faites savoir au Cdt la modification que j'apporte à mon ordre. Envoyez moi un agent de liaison de votre Cie.

11 H.00 – à Colonel 16° Bde.
J'ai fait téléphoner une note du Cdt d la 5° Cie. du 117° qui vous mettra au courant de la situation.
Il semble d'après ce que j'aperçois d'ici, que les Allemands n'ont pas dépassé la tranchée de la 1° Ligne.

2° CR  : je n'apprends qu'à l'instant d'une façon précise, ce qui s'est passé sur ma droite. Ci-joint le compte rendu du Cdt du 3° Bat.

"Reçu à l'instant note du 9° et 11° en ligne, attaquées dès l'aube; le renseignement qui me parvient date de 12 H.15  : Les Allemands sont retournés chez eux, mitraillés par les deux sections de mitrailleuses et les tireurs. - Moral excellent dans la Cie.."

Les liaisons sont extrêmement difficiles. Un grand nombre de courriers ont été tués et blessés depuis ce matin. Je crains que des comptes-rendus à vous envoyés, n'aient été égarés en route.

3° CR : mes compagnies de  1° Ligne sont réduites à 40 ou 50 fusils. Ma CM2 n'existe pour ainsi dire plus. Je serai obligé de faire entrer en ligne ce soir une deuxième Cie. du Bat. Laprade et une partie de la CM1.

Pour assurer la mission de surveillance de mon flanc gauche, le Cdt Laprade ne disposera donc plus que d'une Cie. dont l'effectif est très réduit, parce que c'est celle qui forment les courriers..
En conséquence, il est nécessaire d'envoyer de MF2 aux Carrières, une Cie. que je confierai au Cdt Laprade.
J'ai fait partir deux feux rouges à deux minutes d'intervalle à la gauche de la 5° Cie. du 117°

Ci-joint un CR du Cdt de la 5° Cie. du 117° reçu à 13 H.00
Je fais transmettre ces renseignements au Colonel du 117° par les Carrières.
Mes observateurs constatent un recul d'une vingtaine de mètres à peu près de la 5° Cie. du 117° qui lutte à la grenade. Ils auraient vu arriver un renfort de l'ennemi la valeur d'une Cie. environ. Je ne sais ce que fait le 117° pour contre attaquer, je ne vois rien se dessiner.

Ce mouvement souscrit pour la nuit, un peloton de la 1° et une section de la CM1, s'exécutera sans nouveaux ordres de moi.

15 H.00 – Tir d'écrasement du 155 français sur les lignes ennemies.

16 H.20 – à Cdt Petit
Notre piste "X" "Y" "Z" est devenue impossible depuis qu'une mitrailleuse boche placée sur l'emplacement pris ce matin au 117° la bat sur toute sa longueur. Nous allons essayer de faire passer les courriers par la 1° ligne.

19 H.00 – Les liaisons avec l'arrière sont devenues à peu près impossibles par suite de l'emplacement de la mitrailleuse allemande  dans la tranchée conquise au 117° et qui bat toute la piste "X-Y-Z" Un grand nombre de courriers sont tués ou blessés.

Je ne sais rien du Cdt Laprade, ni du Colonel commandant le 117°, rien également de la contre attaque qu'on doit préparer, j'espère.

La 5° Cie. du 117° tient toujours bien, bien que n'ayant plus de grenades et il m'est impossible de lui en faire passer.

23 H.00 – Sur ma droite, rien à signaler. A gauche l'opération est en cours, la liaison n'est pas encore obtenue avec les éléments de gauche du 117°.

Tir violent, tir de barrage ennemi.

Pertes :
Officiers : Le Capitaine Cabez, les Sous Lieutenants Gillet, Crozé, Gauthier, blessés.
Troupe :     Tués        28
                  Blessés    48
                  Disparus      8

Jean Pierre Seguin
SHAT 09/11/2004
26 N 687 - 3
JMO - 130° RI
1er Août 1916




Sources :
- Mairie de Bully-les-Mines
- Jean-Pierre ROGER, Bully-les-Mines, 2000 ans d'histoire
- ENGERAND Roland (capitaine), article paru dans l'Illustration du 10 octobre 1925
- Transcription du journal de Marche du 130e RI, et des articles de l'Echo de Paris par Denis Caron
- Photographie de Jean-Louis Garret
- Acte de mariage de Fernand Marche et d'Angélina Pischon
- Registre matricule militaire classe 1908, matricule 1434, recrutement de Béthune






S'il vous plaît d'utiliser les informations de ce site pour un usage quelconque, merci de faire mention de vos sources