Le journal le Réveil
du Nord rapporte l'inauguration du monument portugais dans son édition
du 11 novembre 1928 :
L’inauguration du monument aux héros portugais
à La Couture
Une foule nombreuse a assisté hier, samedi, à la cérémonie
aux côtés des personnalités françaises et alliées.
Une importante délégation
d’anciens combattants , de mutilés, de veuves et ascendants portugais,
est arrivée il y a deux jours en France, pour y rendre un solennel
hommage à ses héros tombés au champ d’honneur. Dès
le début des hostilités, aux premiers jours d’août 1914,
la petite nation latine, notre sœur, n’hésitait pas à nous
marquer toute sa sympathie, ainsi qu’à la Belgique devant une violation
aussi évidente du droit. On ne peut dire que le Portugal soit resté
neutre pour n’avoir pris place immédiatement à nos côtés,
puisqu’il manifestait déjà en 1914 une sympathie active en
fournissant des renforts précieux à nos alliés britanniques
et des armes à nos amis belges.
Le rude tournant de Verdun en février 1916, décida nos
alliés à entrer dans la lutte, à un moment particulièrement
critique et où il y aurait eu, s’il s’était agi d’un calcul
intéressé, un risque certain à miser contre les empires
centraux alors qu’ils semblaient avoir tous les atouts en mains.
Ainsi qu’ils l’ont maintes fois prouvé
en luttant avec nous et en collaborant étroitement jusqu’à
la victoire finale, ainsi qu’ils l’ont affirmé hier solennellement
sur la terre d’Artois fécondée du sang de leurs 7000 morts,
les Portugais se sont tout simplement sentis nos frères latins et
ils ont ajouté à leur superbe passé historique la gloire
de défendre avec nous une civilisation commune.
Le monument qu’ils ont élevé à leurs morts, au
cœur même de la petite commune de La Couture, âprement défendue
par eux, pied à pied, rappellera aux générations futures
cette belle fraternité d’armes qu’une paix chèrement payée
ne fera que rendre plus étroite.
L’arrivée à Béthune de la
délégation portugaise
C’est un pieux pèlerinage qu’ont voulu accomplir en France les
anciens combattants portugais. Il faut savoir gré à leur
comité d’organisation d’y avoir associé d’humbles familles,
des mutilés, de pauvres mamans qui n’auraient pu venir en terre
de France pleurer sur leurs fils sans une aide active qui vienne réduire
notablement le gros sacrifice pécuniaire que représente un
voyage long et dispendieux. Une importante délégation qui avait
été reçue hier à Paris par M. Louis Martin, ministre
des Pensions, est donc arrivée à Béthune par le train
de Paris de 10 h 53. elle était conduite par M. Armando de Gama Ochoa,
ministre du Portugal en France qu’accompagnaient le général
Graveiro Lopes ; les colonels Mardel Pereira et Christava Ayres, représentant
l’armée portugaise ; le commandant Cerqueira et le lieutenant
colonel Vasco Lopes de Mendoga, du comité d’érection du monument ;
le marquis de Paria et Mme Pereiro Pinto, délégués de
la Croix Rouge ; le commandant Portulha, attaché militaire :
MM. Scharley Perreira et Maxime Bron, anciens combattants portugais.
La réception des notabilités
Par le même train étaient descendus M. Jacobson, chef de
cabinet de M. Louis Marin, représentant le ministre des Pensions,
retenu à Paris ; MM. Peytral, préfet du Pas-de-Calais
et Cagy, secrétaire général de la préfecture ;
le commandant Besley, de l’institution des Invalides ; M. le lieutenant
colonel Bruchon, attaché au cabinet du ministre de la Guerre ;
M. le général Lacapelle, commandant le 1er corps d’armée,
délégué par M. le ministre de la Guerre.
Les personnalités furent reçues à leur arrivée
par MM. Lantoine, consul du Portugal à Arras ; Régis
Bayle, consul de Belgique à Arras ; MM. Legros, Cierva, Collin
et Chalvet, représentant de la chambre de commerce franco-portugaise ;
M. Stirn, sous-préfet de Béthune ; M. Ponnelle, maire
de Béthune ; MM. Appourchaux et Salmon, députés
du Pas-de-Calais ; le colonel Guerre, directeur général
des mines de Courrières, président du groupement des officiers
de réserve ; Pierron, commandant du bureau de recrutement ;
les capitaines de gendarmerie Coinda, de Béthune et Courtelin, de
Lens ; le commandant Pajot, président du Souvenir Français.
Place de la gare étaient formées
en carré de nombreuses délégations d’anciens combattants
de Béthune et des environs avec leurs bannières ; de
nombreuses sections d’anciens combattants portugais venues de Béthune,
Estaires, Vendin-le-Vieil ; des sociétés portugaises de
secours mutuels des départements du Pas-de-Calais, du Nord, de la
Somme. On sait qu’environ 2000 Portugais sont répartis dans divers
centres de la région, à Hénin-Liétard, Albert,
Vimy, où ils ont collaboré avec nos travailleurs du pays à
la restauration de nos ruines.
Les officiels ont défilé devant les sociétés
aux accents des hymnes nationaux exécutés par l’harmonie des
mines de Courrières. De nombreux Portugais venus à Béthune
en cette occasion solennelle ont chaleureusement manifesté leur enthousiasme.
Le banquet
La cérémonie officielle a été précédée
d’un déjeuner servi à l’hôtel Coppin-Chevalier. M. Jacobson,
présidait à la table d’honneur ce modeste repas qui fut empreint
de la meilleure cordialité.
Au dessert, les souhaits de bienvenue furent offert à nos amis
portugais par M. le préfet du Pas-de-Calais, au nom du département,
et par M. Legignon, adjoint au maire de Béthune, au nom de la ville
et de la municipalité. Ce dernier rappela l’accueil chaleureux que
reçurent les troupes portugaises à leur arrivée à
Béthune, et le souvenir ineffaçable qu’en a gardé la
population.
M. le colonel Guerre apporta le salut des officiers de réserve
et eut un hommage particulier envers Mme Maria de Pietad, qui représente
au sein de la délégation les mères des familles portugaises.
M. Appourchaux prit la parole au nom des parlementaires du Pas-de-Calais,
pour dire son admiration à notre héroïque sœur latine
et la reconnaissance que nous lui vouerons éternellement pour son
geste chevaleresque.
M. le général Lacapelle, représentant M. Painlevé,
fit un aperçu historique des heures tragiques d’avril 1918, et rappela
le bel éloge que fit le maréchal Foch de la résistance
portugaise.
En quelques mots très simples, plein d’émotion, le général
Gravécro Loves, M. Armando de Gama Ochoa, ministre du Portugal en
France, et le colonel Christavao Ayres, ont remercié au nom de leur
compatriotes les autorités françaises de leur accueil fraternel
et levé leurs verres à la France immortelle !
Le dernier toast de M. Jacobson, après avoir excusé M.
Louis Martin, fit ressortir l’effort prodigieux de la petite armée
portugaise, dont la 2e division défendit vaillamment un front de
quinze kilomètres contre un ennemi très supérieur en
nombre.
La cérémonie d’inauguration à
La Couture
La caravane d’autocars quitta Béthune
aussitôt après le repas pour gagner La Couture. Là,
sur une petite place, à l’endroit même où s’élevait
autrefois une vieille église et un calvaire, dont il ne subsiste
que quelques ruines, une foule nombreuse, où l’élément
portugais est largement représenté, est massée autour
du monument.
L’éminent sculpteur M. Texeira a magnifiquement symbolisé
le sens de l’intervention sur notre sol des enfants de son pays :
un soldat portugais qu’encourage une République armée de
la vieille épée des conquérants portugais, se débat
ici contre les puissances de mort qu’évoque un tragique squelette
armé d’une faux.
C’est ce thème de la lutte contre l’oppression, pour la liberté
et l’indépendance des peuples que développeront toute à
l’heure les représentants du gouvernement portugais.
L’harmonie des mines de Courrières exécute les hymnes
nationaux puis un soldat portugais enlève le voile qui recouvre
le monument. M. l’archiprêtre de Béthune, chanoine Pruvost,
doyen de Saint-Vaast, et M. Blondiau, curé de La Couture, prononcent
les prières liturgiques.
Une estrade où prennent place les personnalités officielles
a été dressée à côté d’une tribune
où prend place le commandant Lerqueira. Au nom du comité il
dit sa gratitude à la population de La Couture à qui il confie
la sauvegarde de ce précieux monument du souvenir.
Au nom de la population, M. Sarrazin, maire de La Couture, dit à
son tour la reconnaissance des habitants envers leurs sauveurs.
Le général Graveiro Lopes, au nom de l’armée portugaise,
et le ministre du Portugal, au nom de son gouvernement, remercient à
leur tour et remettent au maire de la Couture un message précieusement
enfermé dans une riche enveloppe de cuir ouvragé.
On entend encore les adresses du colonel Christavao Ayres, de la mission
portugaise, qui commanda en chef sur ce front, de M. Meaux, au nom de l’association
française des Croix de Feu, de M. Gruson, au nom des anciens combattants
de La Couture, de M. Fernand Vincent, au nom des anciens combattants français
résidant au Portugal, de Mmee Olga Moraes Sarmento, au nom des femmes
portugaises ; Melle Lopez d’Almeida dit avec beaucoup d’émotion
un poème Les Fruits mûrs de la paix.
M. le général Lacapelle et M. Jacobson firent les conclusions
de cette cérémonie commémorative qui resserrera encore
les deux nations autour du même idéal de liberté dans
le culte des héros.
M. Jacobson a remis ensuite un certain nombre de décorations,
médaille d’honneur avec glaive, à des anciens combattants
portugais.
Au cimetière de La Couture
La cérémonie terminée, la foule s’est écoulée
lentement vers le cimetière de La Couture où le monument aux
morts de la commune a été inauguré au cours d’une cérémonie
très simple. De nombreuses gerbes de fleurs déposées
par les associations françaises et portugaises recouvraient le pied
du monument. La même communion dans le culte des morts s’est retrouvée
dans les courtes allocutions qu’ont prononcées M. Sarrazin, M. Gruson,
M. le ministre du Portugal été le lieutenant colonel Bruchon.
La délégation portugaise s’était rendue au début
de l’après-midi au cimetière militaire de Béthune où
elle avait fait déposer de magnifiques couronnes ainsi qu’au monument
aux morts qu’on inaugure aujourd’hui. Elle a poursuivi à la tombée
de la nuit son pèlerinage aux tombes en visitant en groupe le cimetière
portugais de Richebourg l’Avoué. Elle a repris à 19 h à
Béthune le train pour Paris emportant avec d’inoubliables souvenirs
l’intention de faire participer par la suite à ce pieux hommages
d’autres délégations d’anciens combattants désireux
de revoir les lieux où ils souffrirent pour nous, avec nous.
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