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MÉMOIRES DE PIERRE

HAVRINCOURT

Monument aux morts à la 62ème division anglaise (West Riding)

Localisation : En bordure de route, sur un terrain offert par le marquis d'Havrincourt

Conflit commémoré : 
1914-1918

Date d'inauguration : Juin 1922

Le monument représente une pyramide sur laquelle sont gravées des dédicaces aux héros disparus lors des batailles de 1917 et 1918. Sur deux pilastres en avant du monument, on peut voir le pélican, emblème de la division.

 
Voici comment Le Courrier du Pas-de-Calais du vendredi 9 juin 1922 rapporte l'inauguration du monument

La cérémonie d’Havrincourt à la mémoire des morts de la 62e division anglaise

Nous avons pu, dès hier, donner à nos lecteurs, sur la cérémonie d’Havrincourt, tous les détails nécessaires.
Voici maintenant quelques renseignements sur le monument, élevé à la mémoire des héros de la 62e division anglaise :
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Le Monument.
Le monument, qui est d’une sobre et magnifique allure, et dont la hauteur n’est pas inférieur à seize mètres, représente un haut trône de pyramide s’harmonisant dans la perfection avec le vaste soubassement.
Sur les quatre faces du monument sont gravées des dédicaces aux héros disparus de la division et la liste des noms de combats où elle se distingua tout spécialement.
Il est érigé au bord de la route, sur un terrain gracieusement concédé par M. le marquis d’Havrincourt, à l’orée du magnifique bois dont le ne reste hélas ! que des vestiges.
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Les discours
Nous donnons ci-dessous le texte de plusieurs discours qui ont été prononcés à l’occasion de cette imposante cérémonie :

Discours du général Berthelot :
En inaugurant ce monument à la mémoire des héros de la 62e division, j’apporte au nom de l’armée française, le tribut de la reconnaissance de leurs compagnons d’armes français. La 62e division s’est taillée une large page de gloire pendant les deux années de combats sur le sol de France qu’elle a arrosé du sang de tant de ses soldats. Dès son arrivée sur le front, le commandement britannique savait quelle confiance il pouvait avoir dans les bataillons de l’armée territoriale du West Yorkshire. N’avaient-ils point en quittant l’Angleterre, reçu un message spécial d’adieu de S.M. le Roi. A peine entrée en ligne, celle-ci prenait part à la poursuite de l’ennemi en février 1917. C’est dans la bataille de Cambrai qu’elle répondit à ce que son roi avait attendu d’elle. par sa vaillance, elle mérita, dès son premier combat, les éloges du haut commandement britannique.
Le 20 novembre 1917, chargée d’enlever Havrincourt, elle conquit ce village par une très brillante et irrésistible attaque. Non contente de ce succès, elle continue sa marche en avant, elle franchit d’un élan magnifique la ligne de soutien que l’ennemi avait creusé derrière Flesquines, enlève le village fortifié de Graincourt. La nuit seule arrêta sa marche dans le village d’Anneux dont elle acheva la conquête le lendemain matin.
Le maréchal Douglas Haig envoya à la division un message glorieux. « Cette attaque de la 62e division fut un tour de force éclatant par lequel les troupes avancèrent de 4 miles et demi, envahissant deux positions de défense allemande et prenant trois villages ».
Les chances de la guerre voulurent que la 62e division eut à reprendre une deuxième fois le village d’Havrincourt pendant la grande et suprême offensive des alliés. Mais auparavant elle avait montré ailleurs ses splendides qualités militaires.
A l’époque si sombre de la fin de mars 1918, elle résista vaillamment à la ruée allemande. Elle se battit avec un courage et une abnégation magnifiques. Plus de deux milles de ses soldats se sacrifièrent pour permettre aux alliés d’arrêter l’ennemi. la 62e division montra encore de plus brillantes vertus militaires en juillet 1918, alors qu’elle appartenait à la Vème armée, que j’avais l’honneur de commander.
Du 20 au 28 juillet, la division marcha de succès en succès attaquant l’ennemi avec un élan redoutable au sud-ouest de Reims. C’est un de ses bataillons du 8e West-Yorkshire  qui enleva de haute lutte, la montagne de Bligny. Montagne où quelques semaines auparavant, un autre bataillon britannique, le ? du Kings Shropshire Infantry, avait pour sa résistance acharnée, gagné la Croix de guerre que j’ai eu le grand plaisir de remettre il y a quelques jours, à Shrewsbury, aux survivants et aux jeunes soldats du comté de Shropshire.
Là encore, le commandement de la 62e division montra cette merveilleuse coquetterie de ne jamais annoncer la perte d’une position avant de pouvoir rendre compte de la reprise.
La vaillance du 8e Yorshire lui valut aussi la croix de guerre avec palme, et une magnifique citation du commandant en chef : « malgré une résistance vigoureuse et décidée, un progrès régulier fut obtenu. L’artillerie et les tanks français avaient rendu des secours appréciables. Les 51e et 62e divisions ont fait 1200 prisonniers appartenant à 7 divisions différentes et avancé de plus de 4 miles ».c’est ainsi qu’une fois de plus s’est marquée dans de glorieux combats l’étroite amitié des soldats de nos deux armées. Amitié précieuse qui doit durer indissolublement parce qu’elle est née des sacrifices communs pour un but unique, le triomphe de la justice et du droit.
Ces liens noués sur le champ de bataille dans le sang et la peine, nous ne pouvons les oublier dans la paix. C’est à nos soldats tombés à l’ennemi dont nous célébrons aujourd’hui la mémoire que nous leur devons. Ils ont payé du sacrifice suprême de cette union de nos deux pays, pour que dure leur œuvre glorieuse, pour que de leur martyre commun lève la grande moisson de civilisation qui n’est possible que dans l’union de nos deux pays et qui nous est particulièrement chère parce qu’elle signifie la paix du monde.

Discours de M. Versmée, conseiller général
Mon premier mot sera pour saluer la délégation britannique et les autorités civiles et militaires anglaises qui sont aujourd’hui dans nos ruines pour rendre un pieux devoir aux glorieux morts de la 62e division britannique.
Ce n’est pas sans une réelle émotion que je le fais car je sais que, parmi cette délégation, il y a des officiers et des soldats qui, en liaison étroite avec nos troupes françaises, ont combattu sous vos ordres mon général, et que les plaines de la Champagne ont été arrosées du sang généreusement versé par les Tommies et par nos Poilus pour une cause qui est également chère à la France et à l’Angleterre, celle du droit et de la justice.
Aussi, il nous semble tout naturel de voir auprès de ce monument, entourant M. le maire et les membres du conseil municipal d’Havrincourt, les anciens combattants et cette affluence de personnes, venue ici en communion d’idée avec les représentants de nos alliés pour dire à ceux qui sont morts toute notre admiration et toute notre reconnaissance. Il y a quelques jours, du haut de la butte de Warlencourt, je considérais avec une intense tristesse la vaste plaine de l’Ancre, aujourd’hui encore stérile, sur laquelle se dressent des croix et des pyramides pour rappeler aux voyageurs primé et au pèlerin qui s’attardent, que de durs combats ont eu lieu en ces endroits, et que là, des hommes ont soufferts et sont morts pour un idéal. Et il me semblait que tous ces mémoriaux étaient comme des bornes jalonnant une dure étape, où plutôt comme les stations d’un immense et douloureux chemin de croix.
Et voilà que, par le souvenir pieux de leurs camarades, notre coin d’Artois connaît déjà deux de ces stations, l’une à Bihem-Trescault, l’autre ici-même, en attendant que dans chaque commune, le granit s’élève qui portera inscrit comme un livre d’or les noms de ceux qui sont tombés.
Certes, pour ceux qui ont connu la guerre et qui en ont vécu les souffrances, point n’était besoin de tous ces monuments. Chacun conservera vivace le souvenir  de ceux qu’ils ont connu et que la guerre a fauché soit dans leur toute première jeunesse soit dans leur âge mûr, soit encore quand, arrivés au chemin de la vie, ils s’acheminaient doucement vers la tombe.
Chacun aussi se rappellera les souffrances physiques et morales endurées pour le pays. Mais ne pensez-vous pas que quand nos villages seront reconstruits et que grâce à notre persévérance nous aurons effacé de notre terre la souillure qu’avait laissé l’envahisseur, ces monuments seront comme des témoins vivants clamant vers le ciel et pour toujours, les crimes commis par les barbares. A nous, ils diront : souviens-toi !
A nos enfants, et à ceux qui les suivront dans la vie, ils diront : apprends que sur cette terre une épopée glorieuse et terrible à la fois s’est déroulée, que le sol a été bouleversé, que l’incendie s’est allumé, que la sang a coulé à flots dans des batailles de géants dont l’enjeu était la liberté du monde.
A ceux qui seraient tenté de l’oublier, ils diront qu’il y a des frontières, que les peuples enfiévrés de l’esprit de conquête n’ont pas le droit de franchir impunément, mais qui sont grandes ouvertes pour nos amis et nos alliés animés d’un idéal de justice et de bonté.
A vous, chers habitants d’Havrincourt, cette pyramide vous dira que vous avez sacrifié à la France tout ce que vous possédiez, et les biens que le travail et l’épargne de vos parents vous avez laissés, et l’espoir que vous aviez fondé dans vos enfants, et que dans la tourmente tout ce qui vous était cher fut écrasé, maisons, église, mairie, château, bois et jusqu’au cimetière où dorment vos ancêtres.
Ah ! certes, vous aussi, vous avez bien fait votre devoir, et ce n’est pas en vain que le gouvernement de la République vous a octroyé la croix de guerre, avec ce noble titre : « Havrincourt a bien mérité de la Patrie ».
Mais surtout, que ces monuments nous rappellent ce que peut faire l’union des hommes et l’union des nations, et si quelquefois nous avions des heures de doute et de découragement, rappelons-nous la grande tristesse qui existait en 1914 au beau pays de France rappelons-nous que tout fut sauvé quand on pouvait croire tout perdu, rappelons-nous que les chefs réputés de toutes nos nations alliés, dédaigneux de toute ambition personnelle mirent dans les mains d’un seul, notre Foch, le glorieux et redoutable honneur du commandement unique. Que tous nos soldats entièrement confiants dans ces chefs surent sans jamais se lasser être des héros durant toute la guerre, que tous les cœurs, que toutes les âmes, unis, sur le front, surent arracher la victoire.
Et qu’une nation comme la nôtre ne peut pas mourir.
Aussi, chante Marseillaise, que tes accents fassent retentir les échos de nos bois, qu’ils fassent vibrer nos cœurs d’espoirs, et de confiance dans la France poursuivant dans le monde son œuvre de justice et de liberté.


Le journal la Croix du Pas-de-Calais rapporte lui aussi l’inauguration du monument à la 62e division britannique dans son édition du 12 juin 1922 :

L’inauguration du monument élevé à Havrincourt à la mémoire des combattants de la 62e division britannique tombés dans ce secteur, s’est déroulée hier à 14h30, en présence du général Berthelot, membre du conseil supérieur de la guerre, du lord-maire de Leeds et du général anglais Wigham. Le monument, qui est d’une sobre et magnifique allure et dont la hauteur n’est pas inférieur à 16 mètres [On peut raisonnablement pensé qu'il y a une erreur dans ce chiffre], représente un haut trône de pyramide s’harmonisant dans la perfection avec le vaste soubassement. Sur les quatre faces du monument sont gravés des dédicaces aux héros disparus de la division et la liste des noms des combats où elle se distingua tout spécialement.
Il est érigé sur le bord de la route sur un terrain gracieusement concédé par M. le marquis d’Havrincourt, à l’orée du magnifique bois dont il ne reste hélas, que des vestiges.
En tête de la foule, on remarquait, en dehors des personnalités précédemment citées, MM. Versmée, conseiller général du Pas-de-Calais, Jean Godin, conseiller d’arrondissement, le comte Pierre d’Havrincourt, maire d’Havrincourt, entouré de son conseil municipal ; MM. les maires d’Hermies, de Trescault, de Metz-en-Couture, de Graincourt, etc. Parmi les notabilités anglaises se trouvaient plusieurs maires et conseillers.

A 14 heures 30, la cérémonie s’ouvrit par l’exécution de la Marseillaise que joua la musique de la 62e division britannique, puis des prières furent dites par un aumônier militaire anglais.
La bénédiction du monument a eu lieu ensuite par l’aumônier anglais et par M. le curé-doyen d’Havrincourt qu’accompagnait M. le curé d’Hermies.
Une palme est alors déposée par M. le général Berthelot, puis de superbes gerbes et couronnes de fleurs par le lord-maire de Leeds, par M. Hodgsong, par diverses personnalités anglaises, par les anciens combattants français et anglais et par les enfants des écoles d’Havrincourt.
Le général Berthelot prend le premier la parole et, au nom de l’armée française, apporta à la mémoire des héros de la 62e division le tribut de la reconnaissance de leurs compagnons d’armes français. « la 62e division, dit-il, s’est taillée une large part de gloire pendant les deux années de combats auxquelles elle prit part, sa magnifique attitude au cours de ses opérations et les splendides qualités militaires qu’elle sut y montrer ».
Après ce rapide exposé, l’orateur termina son discours par un vibrant appel à l’union entre les deux peuples.
Après le général Berthelot, le général Wigham, ancien combattant de la 62e division, rendit un hommage ému aux vaillants disparus et fit entendre également un appel entre la France et l’Angleterre. M. le comte d’Havrincourt rendit un pieux hommage aux morts de la 62e division dont il rappela la vaillante attitude au cours des hostilités et en particulier dans la région. M. le lord-maire de Leeds, en sa qualité de magistrat de la grande cité industrielle en même temps qu’aux 10000 combattants de la 62e division, disparus en 1916 et en 1918, adressa un salut ému aux 4000 morts de la ville de Leeds qu’il représente.
Les discours terminés, la musique de la 62e division fait entendre de nouveau la Marseillaise,  immédiatement suivie du God save the king qui met fin à cette cérémonie empreinte d’une grande simplicité.




Sources :
- Le Courrier du Pas-de-Calais
- La Croix du Pas-de-Calais






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