Retour
MÉMOIRES DE PIERRE

HERSIN-COUPIGNY


Monument aux morts du Souvenir Français

Localisation : Près du cimetière, sur un terrain offert par M. Decrombecque. Lors des discours d'inauguration, M. Baudot, président du comité du Souvenir Français, explique le choix du terrain : "Cet emplacement, don généreux de M. Decrombecque, notre président d’honneur, fut choisi entre tous parce qu’il est près de nos morts glorieux, qu’il domine notre petite cité si éprouvée et qu’on peut y apercevoir toute la région où nos chers morts ont combattu. De cet endroit, on aperçoit dans le lointain s’estompant dans la brume, le monument de Lorette"

Conflit commémoré : 
1914-1918

Sculpteur : Lefebvre (Beuvry)

Description : "Une stèle de pierre en haut de laquelle se détache l’archange Saint- Michel couronnant un poilu agonisant, tenant de sa main droite le drapeau, symbole de la France et de l’autre un fusil. Une pelouse de vert gazon l’entoure, clôturée par une petite haie."

Date d'inauguration : Dimanche 7 octobre 1923, en présence de M. le général de Cadoudal et M. Stirn, sous-préfet de Béthune

Texte de la dédicace :

Pro Patria
A nos défenseurs
le Souvenir Français reconnaissant
Monument élevé par
souscription publique en 1923
aux héros de la Grande Guerre (1914-1918)

   Hersin-Coupigny monument aux morts du Souvenir Français

Le Journal de Lens revient sur l'inauguration du monument du Souvenir Français dans son édition du 14 octobre 1923 :

Une grande fête patriotique avait lieu dimanche dernier à Hersin-Coupigny, coquette commune de près de 8000 habitants, à l’occasion d’un monument élevé à ses glorieux morts, par souscription publique, sur l’initiative du Souvenir Français. Pour la circonstance, toutes les rues où devait passer le cortège, étaient superbement décorées d’arcs de triomphe, de mâts tricolores avec oriflammes, de banderoles sur lesquelles on lisait : « Honneur à nos braves poilus », « Gloire à nos héros », etc. partout de la verdure et aux fenêtres des habitations, des drapeaux claquant joyeusement au vent. Chacun avait tenu à contribuer au succès de cette journée. Le monument érigé à l’extrémité de la rue de l’Egalité près du cimetière, est l’œuvre du sculpteur de talent M. Lefebvre, de Beuvry. Il se compose d’une stèle de pierre en haut de laquelle se détache l’archange Saint- Michel couronnant un poilu agonisant, tenant de sa main droite le drapeau, symbole de la France et de l’autre un fusil. Une pelouse de vert gazon l’entoure, clôturée par une petite haie. De cet endroit, on aperçoit dans le lointain s’estompant dans la brume, le monument de Lorette.
Dès le matin l’animation va en s’intensifiant. A dix heures et demie, une grand’messe solennelle a lieu en l’honneur des morts. La fanfare et la chorale d’Hersin-Coupigny se font entendre durant la cérémonie. Un sermon de circonstance est prononcé par M. le curé Varret. Après un déjeuner intime, au cours duquel M. Decrombecque, président d’honneur de la section du Souvenir Français, remercie tous les invités et particulièrement M. le général de Cadoudal et M. Stirn, sous-préfet de l’arrondissement qui ont bien voulu accepter la présidence de cette belle cérémonie, les personnalités présentes se rendent sur la place Pétain où se rassemblent les sociétés.
Au milieu d’une foule énorme, massée sur les trottoirs, le cortège se met ne marche au son de joyeux pas redoublés et parcourt l’itinéraire ci-après : Grand’Rue, rue Sainte-Catherine, place du Calvaire et rue de l’Egalité, dans l’ordre suivant :
Les enfants des écoles d’Hersin ; les pupilles de la nation d’Hersin ; les pompiers d’Hersin ; la société des mutilés d’Hersin ; la société de gymnastique de Noeux ; la société des anciens combattants ; la société de gymnastique l’Espérance des mineurs de Barlin ; l’harmonie des mines de Noeux ; la société de tir d’Hersin ; la société de gymnastique des mineurs du n°8 ; l’harmonie des mines de Gouy-Servins ; la chorale des mineurs de Noeux-les-Mines ; la gymnastique Polonaise ; la société de gymnastique des mineurs d’Hersin ; la chorale catholique d’Hersin ; le cercle Saint-Martin d’Hersin ; la fanfare des mineurs d’Hersin ; les sections du Souvenir Français et toutes les personnalités.
*  *
La cérémonie
Le monument disparaît sous un amas de couronnes et de gerbes de fleurs. Aux quatre angles se placent des jeunes filles vêtues en Alsacienne et Lorraines : au milieu, une autre jeune fille représente Jeanne d’Arc. L’ensemble forme un cadre des plus gracieux. En face est érigée une tribune sur laquelle prennent place les personnalités : MM. Stirn, sous-préfet de l’arrondissement ; le général Cadoudal ; G. Decrombecque, président d’honneur de la section du Souvenir Français ; Baudot, ingénieur, président actif ; Barthélémy, directeur général des mines de Noeux ; Maréchal, directeur des mines de Gouy-Servins ; Lecat, directeur des mines de Vendin ; Delaporte, ingénieur aux mines de Noeux ; Duconseille, président des anciens combattants ; Costenoble, président des mutilés et maire d’Hersin-Coupigny ; le docteur Mulliez, président du cercle Saint-Martin ; le comte Delhomel, délégué général du Souvenir Français ; le président du Souvenir Français d’Houdain ; Huclier, ex-capitaine au 73e régiment d’infanterie ; Lefebvre, sculpteur, auteur du monument ; Delohen, doyen de Barlin ; Varet, curé d’Hersin-Coupigny ; les curés de Noeux, de Sains et d’Houchain ; le vicaire Lamiaux ; Baudelle, président de l’amicale Hersinoise ; Leroy, vice-président des anciens combattants et président de la Jeunesse Catholique ; Rigaud, secrétaire du comité du Souvenir Français ; Lemaire, Goye, Valembois etc.
A côté de la tribune un emplacement est réservé aux familles des morts, aux pupilles de la Nation et aux enfants des écoles. Toutes les sociétés sont massées près du monument avec leurs drapeaux et leurs bannières.
*  *
Les discours
M. Delohen, doyen de Barlin, ouvre la série des discours et, dans un silence absolu, d’une voix chaude et vibrante, il parle de la grande tourmente, des souffrances endurées par le soldat et le civil français et l’héroïsme dont ils ont fait preuve. Il parle de la mort et des chers disparus et termine par des paroles de paix sur leurs restes glorieux.
M. le général Cadoudal lui succède. En termes émus, il dit que malgré l’éloignement, il a considéré comme un devoir impérieux de venir à Hersin-Coupigny et ainsi de payer son tribut à ses anciens troupiers. C’est le cœur serré qu’il a franchi la zone de mort pour se retrouver après neuf années sur le champ de bataille  où ses soldats de la 13e division ont si vaillamment combattu.
Il rappelle les assauts terribles de Vermelles, Hulluch, Aix-Noulette et enfin la colline sacrée Notre-Dame de Lorette, dénommée si tragiquement le dépôt de la Mort. Il s’incline profondément devant tous ces héros tombés pour la patrie.

Discours de M. Baudot, ingénieur des mines, président du comité du Souvenir Français
Mon général, Monsieur le sous-préfet, Monsieur le doyen, Mesdames, Messieurs,
Il y a en effet neuf ans aujourd’hui, la ville d’Hersin était dans une grande anxiété, l’ennemi était tout proche, c’est-à-dire près de Notre-Dame de Lorette et on pouvait s’attendre d’un moment à l’autre à l’invasion.
C’est alors que le général de Cadoudal, ici présent, fit son entrée dans notre ville à la tête de sa division. Je ne referai pas le récit de tous les exploits de ses valeureuses troupes qui réussirent à immobiliser l’ennemi sur le plateau de Lorette. Elles nous sauvèrent, car si les Allemands avaient pris pied sur toute cette colline, « clé de l’Artois », ils auraient eu là un bastion de la plus haute valeur qui leur aurait permis la Course à la mer, l’un de leurs principaux objectifs.
Pendant toute la durée de la Grande Guerre, Hersin fut un lieu de repos pour nos vaillantes troupes françaises et alliées.
Repos relatif car notre cité fut très éprouvée par les nombreux bombardement de 1915 à 1918. Beaucoup de militaires et plus de 100 civils furent victimes de ces bombardements. Grâce à l’héroïsme de nos troupes tombées à Vermelles, Lorette, colline sacrée et du souvenir, terre de l’espérance, au Grand Eperon, le Bois de la Haye, la Forestière, le Chemin creux, la Butte de la mort, la Côte 119, la Blanche-Voye, le Fond de Buval, à Souchez, Ablain, Carency, les Quatre-Vents, Givenchy, le Bois Carré, le Cabaret Rouge, le Bois des Boches, Vimy, etc. noms connus maintenant du monde entier, non seulement notre cité ne fut pas envahie, mais encore une bonne partie du bassin houiller fut sauvée, ce qui nous permis de continuer l’extraction de la houille dont la France avait tant besoin pour la victoire finale.
C’est pourquoi, dès l’armistice, une section du Souvenir Français se forma à Hersin pour l’entretien des tombes et honorer la mémoire des braves tombés au champ d’honneur. Plus tard, il organisa une souscription pour élever le monument que nous inaugurons aujourd’hui.
Au nom du Souvenir Français d’Hersin, je remercie les nombreux et généreux souscripteurs qui ont bien voulu répondre à notre appel pour nous permettre d’élever ce monument qui évoquera pour toujours le souvenir de nos glorieux défenseurs et vainqueurs.
Cet emplacement, don généreux de M. Decrombecque, notre président d’honneur, fut choisi entre tous parce qu’il est près de nos morts glorieux, qu’il domine notre petite cité si éprouvée et qu’on peut y apercevoir toute la région où nos chers morts ont combattu.
Le Souvenir Français remercie d’une façon émue les personnes et les sociétés qui ont bien voulu honorer de leurs présences cette cérémonie d’inauguration. Il remercie tout spécialement le général de Cadoudal, notre premier défenseur ; M. Stirn, sous-préfet de l’arrondissement de Béthune qui, par son activité et son intelligente administration dans notre département, représente si dignement le gouvernement et qui, par affabilité bien connue, a su conquérir toutes les sympathies.
Merci à M. Barthélémy, le généreux et éminent directeur de la compagnie des mines de Vicoigne-Noeux-Drocourt ; M. le doyen de Barlin ; M. Costenoble, maire d’Hersin et président des mutilés ; M. Maréchal, le sympathique directeur des mines de Gouy-Servins ; M. Lecat, directeur des mines de Vendin-les-Béthune ; M. le comte Delhomel, le distingué délégué général du Souvenir Français ; M. le président du Souvenir Français d’Houdain. Enfin, toutes les personnes ici présentes et à tous ceux qui ont pavoisé et décoré les rues afin de donner plus d’éclat à cette journée. Il est une touchante coutume à laquelle la dernière guerre a donné un relief tout particulier, l’appel des morts, qui nous sera fait toute à l’heure par notre dévoué secrétaire M. Rigaud, et auquel répondront les petits enfants de nos écoles.
Dans cette liste glorieuse il se rencontre, symbole du grand effort de notre pays, des hommes de toutes conditions. Tous à la fois et chacun dans tous sont aujourd’hui honorés et distingués sans distinction de grade dans nos sentiments de pieuse vénération.
Enfants qui nous écoutez, venez voir souvent ce monument et songez que ceux qui reposent ici tout près sont morts pour que vous puissiez vivre en paix. Ce monument, œuvre de M. Lefèvre, sculpteur à Beuvry, qui a su si bien rendre la grâce juvénile de l’archange Saint-Michel couronnant un poilu, évoquera le souvenir de nos glorieux défenseurs et vainqueurs. Nous puiserons dans l’exemple de ces héros la volonté d’accomplir la tâche que le pays demande de nous. Nous vous saluons, bien bas, restes glorieux de ceux que la mort a terrassés sur les champs de bataille. Dormez en paix, chers enfants, le Souvenir Français protège vos tombes.

M. Costenoble, président des mutilés et maire d’Hersin-Coupigny, prend à son tour la parole et dominant l’émotion qui l’étreint magnifie les morts de la Grande Guerre

Discours de M. Mulliez, Président du cercle Saint-Martin
Mesdames, Messieurs
Nous devons à nos morts de la grande guerre une reconnaissance infinie : ils furent la rançon de la victoire. S’il fallait à ce devoir une raison purement humaine, il suffirait de rappeler l’épouvantable tourmente qui terminée depuis près de quatre ans, semble ne dater que d’hier et le long et affreux cauchemar dont nous avons été délivré. Mais c’est notre cœur de Français qui vibre et nous rassemble dans toutes les manifestations faites en l’honneur de nos héros. C’est la foi patriotique qui nous réunit aujourd’hui, à Hersin, au pied du monument du Souvenir Français avec nos sociétés, notre jeunesse catholique, notre cercle Saint-Martin pour apporter à nos glorieux défunts, l’hommage de notre profonde gratitude. Placé auprès de ce cimetière où tant des nôtres furent ensevelis, et dont il rappelle la chère image, ce monument éveillera en nos cœurs le souvenir de tous ceux qui ont lutté vaillamment jusqu’au sacrifice suprême pour la France et pour les Alliés. L’heureuse inspiration de l’artiste a en effet idéalisé la mort du combattant. Ce soldat qui expire, ne le reconnaissons-nous pas tous ?
C’est un époux que viendra contempler la veuve inconsolée ; c’est un fils, un frère, un ami qui croiront   revoir les parents et les amis de ceux que la guerre a arrachés à leur affection ; nous aurons, aussi, devant ce monument, un souvenir pour les victimes civiles, hommes, femmes et enfants tombés comme le soldat au champ d’honneur. Et quand toute à l’heure on fera l’appel de nos morts, nos yeux chercheront dans les yeux éteints du mourant, le dernier battement de paupières de nos défunts, ceux que nous pleurons.
Nos âmes cependant s’élèveront plus haut. Car symbolisant nos communes espérances, un ange, l’ange de la patrie, assiste à l’agonie du soldat, recueille son dernier soupir en lui présentant la couronne qui auréolera le front du martyr. Ce n’est pas dans les tombes, ni dans les mers, ni dans les tranchées, ni dans les terres bouleversées où gisent des corps mutilés, des membres épars, des restes méconnaissables, que nos âmes veulent revoir nos chers disparus. Non, c’est sous l’aile de l’ange, avec au front la couronne des héros, à la main la palme des martyrs. Visions consolantes ! doux apaisement à une cruelle séparation avec l’espoir de l’éternelle revoir !
Mais des lèvres entrouvertes du soldat expirant semble jaillir une parole : consummatum est, tout est consommé ! Je meurs pour la civilisation, je meurs pour la liberté des peuples, je meurs pour la France !
Ils sont morts pour nous ces enfants de la France, ces fils de nos alliés ; ils sont morts pour que survivent les principes qu’ils ont défendus ! Ils sont morts nos Français pour que la France vive ! Leur testament est tout entier dans la fraternité des armes qu’ils ont pratiquée et dans leur fin glorieuse, un éminent orateur disait dernièrement à Lyon : Pour qu’elle soit définitivement en bas, la guerre, il faut que la France soit forte, et pour qu’elle soit forte, qu’elle soit unie.
Oui, cette patrie que nos morts ont sauvée, et même agrandie, à nous de la protéger et au besoin de la défendre et pour ne pas avoir à la défendre, pour ne pas revoir l’immense hécatombe qui nous terrifie encore, à nous d’être forts, et pour être forts, d’être unis !
Cette fraternité, cette union intime de toutes nos énergies dans l’amour de la liberté et de la patrie, promettons-là à nos morts ; pratiquons-la, c’est le meilleur moyen de les honorer, c’est la plus noble façon de servir la France, comme ils l’ont servie !

Discours de M. Dunconseille, président des anciens combattants
Mon général, Monsieur le sous-préfet, Mesdames, Messieurs,
En saluant l’hommage des habitants d’Hersin-Coupigny à ses morts, je salue M. Baudot, ingénieur des mines, président du comité du Souvenir Français pour l’œuvre à laquelle, il a consacré tant de son activité et de son cœur. Au Souvenir Français, à la population Hersinoise, j’adresse ici l’hommage ému et reconnaissant des mutilés et anciens combattants, des veuves et des orphelins pour avoir contribué à ériger ce monument qui est l’œuvre de tous. Le maître éminent qui l’a réalisé dans la pierre a droit à l’hommage unanime des anciens combattants, de la grande famille des morts de la ville d’Hersin. Merci à M. le sous-préfet d’avoir bien voulu rehausser par sa présence l’éclat de notre douloureuse fête. Notre hommage et nos chaleureux remerciements à M. le général de Cadoudal, glorieux défenseur de Lorette, ici présent, à qui par ma voix, 100000 héros tombés dans ces plaines d’Artois lui crient : « mon général, vos poilus ne sont pas morts puisqu’ils se sont donnés… ». Cette génération, mon général, qui s’est battue, vraiment battue dans les pires armes et les plus pitoyables affaires, était riche de souffrance et de rêve, avec elle nous l’étions et nous nous battions tous pour un idéal sublime de travail dans la paix, de justice sur la terre, de grande fraternité.
Pour tout cela nous avons gagné la guerre. Pour tout cela nous nous sommes remis au travail. Pour tout cela nous restons fermes et résolus, tenaces mais pacifiques, parce que nous fûmes obligés de nous battre et nous avons aussi une grande pitié parce que nous connaissons la souffrance. Au pied de la colline sacrée que vous avez défendu et qui vous couvre de son ombre glorieuse, nous avons soufferts deux fois et pour nous et pour les nôtres. Aussi, mon général, devant ce monument image impérissable des vertus de nos héros, au nom de la population d’Hersin, au nom des combattants, des veuves et des orphelins, à nos remerciements, permettez-moi de joindre l’expression de notre vive et éternelle reconnaissance pour avoir sauvé notre cité, nos familles du joug de l’envahisseur.
Mon général merci.
Salut à nos héros immortels !
Salut aux morts de la grande guerre plus grands que les vivants. O ! Mères douloureuses, épouses et fiancées meurtries, et vous pauvres orphelins. Aujourd’hui dans vos demeures, vous gardez la place du cher disparu. Comme ici, vous sentirez que c’est un devoir doux et réconfortant de communier avec eux, vous vivrez quelques instants de leur souvenir, ce souvenir tout blanc comme la vaste blancheur qui précède l’aurore. Ils vous diront nos morts ce que nous devons à leur impérissable mémoire, de vous soutenir, de vous protéger, de guider les tous jeunes dans la vie.
Camarades, mutilés et anciens combattants, écoutez cette rumeur immense, la voix de nos grands morts qui nous rappelle nos devoirs, nos serments.
Gagnez la paix, nous disent-ils, vous qui avez gagné la guerre.
Ils nous conseillent toujours l’union des jours terribles et veulent nous placer dans un lieu où le cœur se conserve pur, où le sentiment ne s’altère point, où la corruption d’où qu’elle vienne est impuissante. Ils ont raison et disons leur merci, car cette unité nous permettra de faire entendre au dessus de tout l’humble voix des victimes de la guerre, j’ai nommé les vieux parents, les femmes, les orphelins, les mutilés sur qui nous avons le devoir de veiller. Drapeaux ! Saluez nos grands morts ! A ces martyrs, à ces héros, apportons des couchettes de fleurs. Puissent-elles ces fleurs, être un réconfort pour ceux qui les pleurent, ils sauront qu’ils ne sont pas seuls à vénérer leur mémoire, ni à apprécier leurs sacrifices, qui illustrèrent glorieusement les drapeaux de nos régiments dont s’honore le Nord et la France toute entière.
Morts d’Hersin, camarades à jamais chéris, reposez en paix ; Français d’aujourd’hui pour les Français d’hier. Au Drapeau !

Discours de M. le Comte Delhomel, délégué général du Souvenir Français
Mesdames, Messieurs,
Le Souvenir m’a fait un grand honneur en me priant de le représenter à cette belle et émouvante cérémonie. Nos paroles peuvent-elles s’élever à la hauteur du sacrifice de nos morts. Je ne le pense pas. Jamais l’humanité n’a assisté à un tel spectacle d’héroïsme, d’abnégation, de grandeur d’âme et d’esprit. La patrie est en grand danger. Vos enfants, silencieux et parfaitement conscient de leur devoir de Français, quittent leurs épouses, leurs vieilles mères, leurs familles, leurs amis. Ils saluent dans un dernier regard l’église, le vieux clocher de leur petite patrie. Dans un baiser dernier, ils témoignent leur affection à ceux et à celles qui leur sont chers. Ils sentent qu’au-dessus de tout c’est la patrie, cette mère qui les appelle ses enfants. Le train est parti emportant dans sa rapidité, de petits Français qui demain seront de grands Français. Sur les champs de bataille, bientôt pour arrêter l’ennemi, vos enfants vont être dirigés. Que trouveront-ils dans ces tranchées que le soleil, la pluie, la grêle, les maladies ne peuvent respecter. L’ennemi est à vingt mètres d’eux ; ils l’entendent proférer des menaces et forge des plans pour les tuer. N’importe. L’image de la France est toujours devant leurs yeux brûlants comme les éclairs contre l’ennemi, doux et calmes devant leurs camarades. Que ces pages de l’histoire de la guerre sont difficiles à tracer. C’est la lutte pour la vie, c’est la lutte contre un adversaire sans scrupules, la lutte souvent contre un inconnu qui traîtreusement vient frapper au cœur de ceux qui étaient destinés à vivre. La balle est aveugle, l’obus frappe sans discernement ; le hasard est un des facteurs miraculeux de la lutte.
Voilà Mesdames, Messieurs, en deux mots, l’existence que vos enfants vont mener pendant près de quatre années. Rien ne les décourage, et c’est là la grandeur de leur sacrifice. Aujourd’hui c’est l’apothéose des morts, de ceux que la souffrance à briser, de ceux qui dorment dans l’éternité de la gloire, honneur à ces héros ! Honneur aux braves de la Somme, de la Champagne, de la Meuse, de l’Yser et de Verdun. Leurs noms gravés dans nos cœurs et sur la pierre, seront éternellement vénérés.
Le Souvenir Français avait le devoir de leur témoigner sa reconnaissance et son admiration. Je suis, je le répète, fier de cette mission, qui me permet de dire aux familles éplorées la part bien méritée que nous prenons à leur douleur et de répéter ce mot célèbre : « les hommes passent, mais la France reste, grande, généreuse, pacifique, mais toujours prête à défendre son honneur, ses droits et son avenir ». Nobles enfants, vous avez versé votre sang pour nous ; nous vous conserverons le souvenir ineffaçable qu’un peuple libre conserve pour ceux qui sont morts pour lui et pour la liberté.

Discours de M. Leroy, président de la jeunesse catholique et vice-président des anciens combattants
Après les éloquentes paroles que vous venez d’entendre de voix plus autorisées que la mienne, permettez-moi au titre de vice-président des anciens combattants et président de la jeunesse catholique d’apporter un humble hommage à tous nos chers héros tombés au champ d’honneur et de la gloire. Depuis le 11 novembre 1918, dans tous les coins de notre belle France, du plus petit hameau à la plus grande ville, l’on a sur tous les tons chanté et rappelé l’héroïsme de nos morts. On a beaucoup parlé des soldats de la Révolution, des grognards de Napoléon… Les légendes et l’histoire nous ont conservé leurs traits principaux et les ont gravés, burinés ; on les connaît par cœur.
Mais on reparlera longtemps, on parlera toujours, jusqu’à la fin de l’histoire des siècles de l’immortel soldat, du petit poilu, qui se révéla au monde en 1914. C’est une incarnation nouvelle. On l’a appelé « le miracle Français ». Et ce qui frappe le plus au monde ce fut sa sublime simplicité. Oui, ils ont vécu en héros, ils sont morts en braves, ils sont morts parfois comme des saints. Et tout cela sans le savoir ! Ils ne se sont pas doutés de leur grandeur. Ils ont été d’une façon si naturelle, qu’on les eût étonnés si on le leur avait dit. Aussi, il n’était que juste qu’un monument rappelant leur mémoire s’élève un peu partout dans toute la France. Hersin a eu à cœur sous l’heureuse initiative de ce comité d’élite Le Souvenir Français d’élever à ses enfants ce monument grandiose et vraiment digne d’eux. Nous vous saluons ! restes vénérés de nos chers guerriers. La mort qui vous a fauchés, la plupart dans la floraison épanouie de votre verte jeunesse, vous a marqué d’un sceau funèbre. Mais il y a des funérailles  d’où s’exhale une odeur de vie. Votre mort sur le champ de bataille vous a comme imprégnés d’immortalité. Salut aux morts ! A ceux qui n’ont pas eu de sépulture, à ces restes enfouis par l’obus au fond des tranchées dévastées, à ceux qui s’alignent sous leurs petites croix, dans la parade éternelle des cimetières. Salut à ces vagues dépouilles anonymes que la terre a repris dans des champs désolés.
La mort est venue cueillir en pleine sève, ils fleuriront dans l’éternité. Ils seront à la fois lointains et tout proches, intangibles, et tout près de nous ; la lampe sacrée du souvenir ne s’éteindra jamais dans nos cœurs. Leurs os blanchiront dans le sein de la terre, la gloire et le vent viendront chanter sur leur tombeau ; mais sur la croix, qui étend près d’eux ses deux bras bénissant, on lira cette phrase qui les sacre immortels : Morts pour la France.

Discours de M. Stirn, sous-préfet
Puis, c’est M. Stirn, sous-préfet, qui avec sa simplicité habituelle, félicite les organisateurs de cette manifestation patriotique, tous les habitants et les nombreuses sociétés participant à la fête. Il s’incline devant les morts et leurs familles et rend hommage aux mutilés et anciens combattants. Il constate avec joie que pas une note discordante n’est venue troubler la cérémonie. « Restons unis, dit-il, et ne permettons pas que ceux qui ont perdu la guerre puissent dire qu’ils ont gagné la paix. Rien ne saurait détruire le sentiment de fraternité de nos alliés, car leurs soldats sont morts à côté des nôtres et cela, ils ne peuvent l’oublier ».

Tous ces discours sont chaleureusement applaudis par la foule. Les chorales des mines de Noeux et d’Hersin entonnent alors la Marseillaise. Puis, M. Rigaud, secrétaire de la section du Souvenir Français fait l’appel des morts (plus de 200).
La fanfare des mineurs d’Hersin clôture la cérémonie en jouant l’Hymne aux morts.
Le cortège se reforme et par les rues de l’Egalité, de Sains, la Grand’Rue, la place de la Mairie, pénètre dans le jardin public. Là, de jolis concerts sont donnés par les sociétés musicales tandis que les sociétés de gymnastique exécutent divers exercices. Musiciens et gymnastes sont largement ovationnés par le public.
Les habitants d’Hersin-Coupigny et ceux des communes environnantes, conserveront longtemps le souvenir de cette magnifique journée consacrée aux morts glorieux.




Sources :
-
Remerciement à Serge Thomas pour sa photographie





Si il vous plaît d'utiliser les informations de ce site pour un usage quelconque, merci de faire mention de vos sources