Inauguration du Monument aux morts
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Nous publions ici de larges extraits d’articles
parus dans le Journal de Lens (24 mai et 31 mai 1925) à l’occasion
de l’inauguration du monument aux morts de la ville de Lens. On y retrouvera
les effets lyriques des journalistes de l’époque, une description
détaillée de la journée du 25 mai 1925. On notera sans
peine que le journaliste a une opinion très favorable par rapport
au président de la Chambre des députés, M. Herriot,
et de l’action des députés socialistes du bassin minier. Ces
articles témoignent également du déroulement traditionnel
des cérémonies d’inauguration de monument aux morts : réception
des officiels, banquets, inauguration du monument, discours par le maire,
les autorités de l’état et les anciens combattants, défilés
des sociétés.
Le Journal de Lens, 24 mai 1925
Depuis lundi dernier, la baraque en planches qui cachait à la vue
le monument auquel travaillaient encore les sculpteurs est disparue.
L’énorme bloc de pierre de taille aux sujets entourés de drap
blanc, apparaît monumental et grandiose, tout éclatant de blancheur
sous le chaud soleil de mai.
Depuis si longtemps qu’ils l’attendent, les Lensois sont tout heureux de
savoir qu’il est enfin terminé, qu’il est là, réel,
prêt pour l’inauguration. On se rappelle en effet que, immédiatement
après l’Armistice, un comité particulier prit l’initiative
de doter la ville de Lens d’un monument ayant pour mission de perpétuer
le souvenir vivace des souffrances terribles endurées par Lens et
ses enfants durant la guerre de 1914-1918. L’idée était noble
et généreuse. Mais on ne sait pourquoi jamais elle ne prit
corps et menaça de rester longtemps à l’état de projet.
Ce que voyant, M. Basly, député-maire, créa un nouveau
comité au sein duquel se trouvaient MM. Taquet, Boulanger, Cuvelette,
Brachelet, Neuville, des anciens combattants, Pierron et d’autres conseillers
municipaux. Ce deuxième comité se mit tout de suite à
l’œuvre, choisit l’emplacement et demanda des projets. Celui présenté
par M. Barthelet, architecte de la ville, fut seul retenu parce qu’il semblait
devoir concilier les critiques de tous les partis politiques qui, naturellement,
avaient à ce sujet des opinions fortement divergentes. L’exécution
en fut confiée à M. Lesieux, statuaire à Arras, et la
date d’inauguration fixée au 12 avril (dimanche de Pâques) se
trouva remise par suite de diverses circonstances, à demain dimanche
24 mai.
Le monument. En dehors de la description qu’en fait plus loin notre éminent
confrère, M. Emile Poiteau dans son article consacré à
M. Lesieux, le statuaire chargé de l’érection, voici celle
que nous a donnée M. Barthelet, au cours d’une précédente
interview.
« le motif principal du monument est la ville de Lens personnifiée
par une femme du peuple aux traits rudes et énergiques, qui, le pied
sur une torpille, proteste du bras en un geste puissamment éloquent,
contre l’envahisseur et ses actes de désolation.
Sur le socle à droite se trouve un poilu appuyé sur son fusil
et regardant au loin l’arrivée de l’ennemi.
Derrière, une femme et une gosse s’en vont, baluchon à la main,
représentant l’exode, la fuite navrante devant le feu, la faim, l’exil,
qu’ont connu de Lensois. A gauche, c’est le retour au foyer démoli.
C’est le mineur qui revient au logis et retrouve le tout anéanti,
brûlé, et qui, les mâchoires crispés et les poings
serrés maudit éternellement la haine absurde des hommes qui
s’entretuent. La base du monument est ornée de bas-reliefs situés
entre les trois sujets ci-dessus. Sous l’inscription : Lens 1914-1918, se
trouve une galerie de mine au boisage brisé, envahie par les eaux.
Sur la gauche, au milieu des fils de fer barbelés, un soldat porte
secours à un de ses frères d’armes mortellement blessés
et sur le motif de droite, le bombardement intensif saccage les usines et
les mines ».
C’est là une œuvre monumentale digne de notre cité. Elle passera
à la postérité et nous sommes persuadés que peu
de gens voudront vivre leur vie sans avoir vu le monument aux morts de Lens.
Le Journal de Lens, 31 mai 1925
C’est maintenant chose faite. Le monument aux enfants de Lens morts pour
la France a été officiellement inauguré dimanche dernier
par M. Edouard Herriot, président de la Chambre des députés.
Lens pour avoir tant attendu, n’a pas été déçue.
Elle peut être fière de son monument du souvenir, œuvre de MM.
Barthelet, architecte de la ville, et Lesieux, sculpteur à Arras.
Il est, sans aucun doute, le plus beau de l’arrondissement. Il serait fastidieux
d’en refaire ici la description. Depuis si longtemps que le projet a été
admis, alors même que pas une pierre des fondations n’était
posée, les Lensois savaient quelle allait être cette œuvre pour
laquelle M. Barthelet a consacré toute son attention et son grand
talent. Des cartes représentant la photographie de la maquette ont
d’ailleurs été mises en vente par le comité d’érection,
il y a quelques deux ans ; des photographies ont paru dans tous les journaux
locaux et régionaux.
Seulement, bien du temps passa avant qu’il y ait un commencement d’exécution.
Et ma foi, on attendait toujours, le moment où, enfin, les travaux
commenceraient.
Ce jour vint.
Sous l’habile direction de MM. Bachelet et Lesieux, et avec l’aide
d’ouvriers spécialisés, les blocs de pierre apportés
prirent bientôt forme.
Lorsque le dégrossissement permit d’apercevoir les grandes lignes
de l’œuvre, une baraque en planche vint cacher aux curieux, le travail de
mise au point.
Et l’on recommença à attendre.
Quelle œuvre allait sortir de cette bicoque ? La réalité repondrait-elle
aux projets établis et publiés ?
Lens est enfin fixé. Sur la place du Cantin, l’œuvre de M. Barthelet
apparaît maintenant dans toute son ampleur, sa formidable ampleur.
Le monument est là, imposant et passif, un peu comme la consécration
de beaucoup d’efforts lents et continus.
Et hier, jour de l’inauguration, les quelques 100000 personnes venues apporter
à nos morts l’hommage de leur sympathie reconnaissante, purent admirer
à leur aise ce chef-d’œuvre.
La veille.
Dès samedi soir, une animation inaccoutumée s’empara de Lens.
Une foule de voyageurs, redoutant l’encombrement des trains du dimanche,
débarquait de toutes les directions. Lens prenait un air de fête,
de gaîté. Des ouvriers municipaux procédaient un peu
partout à la pose de grands calicots blancs portant en grandes lettres
« honneur à Herriot », « honneur aux étrangers
».
Sur la place du Cantin, le monument encore recouvert d’un drap blanc, était
entouré d’une foule de curieux recueillis.
Des délégations de sociétés vinrent à
tour de rôle déposer une couronne. Des essais de haut-parleurs
furent faits et tout rentra dans le calme en attendant le lendemain.
Au cours de la soirée, un brusque changement de temps vint inquiéter
les organisateurs. Heureusement leurs appréhensions ne furent pas
justifiées.
La journée du dimanche.
Dès huit heures du matin, un brouhaha confus emplit les rues. Le temps,
incertain de la veille, se maintient. Il ne fait ni trop chaud, ni trop froid.
Le ciel est clair ; rien à craindre.
A 10 heures, la fanfare ouvrière municipale conduite par M. Victor
Trognon, son président, part de la place du Cantin et se dirige vers
la gare suivie d’une foule nombreuse. La rue de la gare est déjà
noire de monde. On sent que chacun veut être bien placé pour
apercevoir l’homme du pays, M. Herriot, ancien président du Conseil,
actuellement président de la Chambre des députés. La
population, essentiellement démocrate, tient à faire honneur
à l’homme du jour.
L’arrivée de M. Herriot
Nous arrivons à grand’peine à nous créer un passage.
Sur la place de la gare, une vingtaine de gendarmes à cheval se trouve
massée pour maintenir la foule de plus en plus nombreuse.
A 10 heures 40, le train de Paris entre en gare.
M. Herriot en descend, entouré de MM. Israel Bollaert, Segny et Mandon,
membres de son cabinet ; de M. Peytral, préfet du Pas-de-Calais, et
Liger, commissaire spécial.
La fanfare ouvrière attaqua la Marseillaise.
Les têtes se découvrent.
Les gendarmes mettent sabre au clair.
M. Herriot est reçu à la descente du train par M. Basly, député-maire,
entouré de son conseil municipal au complet et de nombreuses personnalités
parmi lesquelles nous remarquons : MM. Maës, Cadot, Evrard, Bernard,
Ferrand, députés socialistes ; Havenne, Leclercq, Beltrémieux,
conseillers généraux ; Catusse, secrétaire général
de la préfecture ; Cagé, chef de cabinet du préfet ;
Stirn, sous-préfet de Béthune ; MM. Les sous-préfets
de Montreuil, Saint-Omer, Saint-Pol ; Bédart, maire de Liévin,
entouré de son conseil municipal, etc.
M. Herriot gagne à pied la place de la gare et passe en revue les
sociétés présentes. Paternellement il s’arrête
devant les enfants et les caresse.
Devant les mutilés, il devient grave, les interroge avec intérêt
et leur répond aimablement.
Une ovation formidable lui est faite. Une clameur monte de la foule présente.
Des cris de Vive Herriot retentissent, mêlés à ceux de
Vive Basly et Vive la République. Il y a des curieux qui sont grimpés
jusqu’au haut des poteaux télégraphiques et qui, se tenant
tant bien que mal, crient à perdre haleine.
M. Herriot est littéralement mitraillé par les photographes
professionnels et amateurs. Nous trouvons près de nous des confrères
de quotidiens parisiens : l’Excelsior, le Quotidien, etc.
Puis, le cortège gagne en autos, par les rues magnifiquement décorées
de fleurs, de drapeaux et de guirlandes multicolores, la maison syndicale
où doit avoir lieu la réception.
A ceux qui s’étonneraient de voir une réception officielle
se faire dans la maison syndicale, nous apprendrons que l’hôtel de
ville n’est pas encore reconstruit.
L’enthousiasme va grandissant.
Une foule immense suit les musiques et les cris de Vive Herriot retentissent
de plus en plus.
A la maison syndicale.
Dès son arrivée, M. Herriot, guidé par MM. Maës
et Mailly, visite en détail la maison du peuple mineur. Pendant ce
temps, la foule envahit la salle de spectacles et s’installe le mieux qu’elle
peut, en bas, en haut, dans les loges, les stalles et au parterre. Pas de
pitié pour les retardataires.
On s’écrase, on s’étouffe. Chacun veut voir Herriot et l’entendre.
Le voici.
Il pénètre, précédé de M. Basly et suivi
du reste des officiels.
M. Basly l’installe au fauteuil présidentiel et réclame le
silence.
Docilement, les cris de Vive Herriot, Vive la République s’éteignent
et M. Basly prononce son discours.
Il souhaite d’abord la bienvenue au président de la Chambre des députés.
« A défaut de mairie, dit-il, nous avons tenu à vous
recevoir dans la maison du peuple, car nous savons votre sympathie pour les
travailleurs. »
Il fait ensuite un bref historique des luttes soutenues par le syndicat des
mineurs pour parvenir à la place prépondérante qu’il
occupe et posséder justement le bel immeuble où se fit la réception.
Sa voix de vieux lutteur tremble légèrement lorsqu’il rappelle
les brimades qu’ils durent subir, lui et ses compagnons de bataille.
Il dit que c’est grâce à l’appui de tous les travailleurs qu’ils
purent parvenir à un résultat aussi important, les remercie
de la confiance qu’ils mirent en lui, et se tournant vers M. Herriot, termine
: « nous ne serions trop vous remercier, M. le président, d’être
venu au milieu de tous ces braves gens. »
A son tour M. Herriot se lève et au milieu du plus profond silence,
déclare d’abord qu’il retient ce mot de « braves gens ».
Sa voix chantante et modérée empoigne l’assistance.
Ses qualités incontestables d’orateurs conquièrent tout le
monde.
Il dit toutes son émotion joyeuse de se retrouver parmi les travailleurs
dans une salle construite par eux et pour eux.
« je mets toute ma fierté à ne pas renier mes origines
de travailleur. Il n’est pas de plus belle noblesse que celle acquise par
le travail. »
Il ne s’étonne pas des luttes que durent soutenir les ouvriers pour
leur indépendance, non seulement contre des forces sociales puissantes,
mais aussi contre des gens « qui, par leurs origines, devraient être
des nôtres, mais qui se mettent au service des plus puissants. »
« Je sais de quelle puissance de haine elles sont capables. A juger
ce qu’elles peuvent contre un président du Conseil, on devine ce dont
elles sont capables contre un ouvrier mineur ! ! ».
Après une pensée émue à l’égard de Jaurès,
le tribun socialiste dont le buste orne la salle, il évoque le souvenir
d’une visite qu’il fit pendant la guerre aux mines de Lens, en sa qualité
de ministre des Travaux Publics. « je vis ce tableau effrayant et héroïque
des ouvriers tués par les obus et remplacés immédiatement
par des camarades au poste dangereux… ».
Puis, sous des acclamations indescriptibles : « je tenais, dit-il,
à saluer la mémoire de ces braves gens ! ! ».
A l’hôpital.
Le cortège sort de la maison syndicale à pied, très
simplement et mêlé à la foule. M. Herriot allume sa pipe
légendaire et se rend à l’hôpital. Dès son arrivés,
de gentilles enfants lui remettent des fleurs qu’il accepte très ému.
Il embrasse les bambines, les interroge et commence sa visite. Celle-ci ne
durera pas moins d’une heure.
Puis, en partant, il félicite indistinctement le personnel laïque
et religieux et remet à l’économe une somme de mille francs
pour l’amélioration de l’ordinaire, en souvenir de sa visite, ajoute-t-il
en riant.
[suivent la description du banquet et ses discours]
L’inauguration du monument.
Depuis assez longtemps l’heure fixée au programme est dépassée.
Dehors, 100 000 personnes attendent la sortie des officiels.
Elle a lieu enfin.
La ville est noire de monde.
Les rues, vues d’un balcon, donnent l’impression de véritables fourmilières
grouillantes.
M. Herriot se rend place du Cantin, toujours à pied, en traversant
une véritable barrière humaine. Suivi des officiels, il gravit
la tribune.
Dans un calme impressionnant, le voile qui cache encore le monument est retiré.
Le foule se recueille.
Rien de plus formidable que le silence de 100 000 personnes…
M. Basly prend la parole et des hauts parleurs placés un peu partout
portent sa voix à deux cent mètres à la ronde.
Le discours de M. Basly.
« En élevant, dit-il, par souscription publique, le monument
que nous inaugurons, la ville de Lens a avant tout tenu à commémorer
l’impérissable souvenir de ceux qui sont tombés face à
l’ennemi pour défendre contre l’agresseur le sol et l’indépendance
de la patrie. Et elle associe à leur souvenir, celui des victimes
que la mort a fauché dans leurs foyers qu’ils n’avaient pas voulu
quitter, malgré la violence meurtrière des bombardements. Enfin,
Lens ne peut oublier que la barbarie de l’envahisseur n’a pas épargné
la Cité elle-même et qu’il a porté jusqu’aux entrailles
de la terre sa furie dévastatrice.
Avec une vérité saisissante, l’artiste a fait revivre dans
la pierre de ce monument le triple symbole du martyre de la Cité meurtrie
dans sa chair et celle de ses enfants.
Appuyé sur son arme encore tout engluée de la boue des tranchées,
où il a souffert du froid, de l’ennui, de la mitraille, le poilu vient
de monter pour la première fois sur le parapet sans craindre les balles
meurtrières. La paix s’est enfin levée sur le monde et le regard
du soldat calme dans la victoire se voile de mélancolie à la
pensée de ses frères tombés si nombreux dans la plaine
immense et qui ne verront pas la France délivrée de l’étreinte
reprendre sa marche en avant, tenant bien haut dans sa main, le flambeau
du Progrès et de la Civilisation pour lesquels ils sont morts.
Hélas, de la lutte sanglante, de l’effroyable hécatombe, plus
d’un millier de nos meilleurs enfants ne sont pas revenus.
Saluons bien bas leur mémoire. Que leurs noms restent à jamais
gravés dans nos cœurs et dans ceux des générations qui
viendront après nous, car c’est pour que les hommes de l’avenir ne
voient plus de pareil spectacles d’horreur qu’ils ont consenti le sublime
sacrifice d’eux-mêmes. Puisse l’idéal pour lesquels ils sont
morts ne jamais se ternir, nous le devons à leur mémoire.
Lens est ressuscitée. Son activité a repris dans un magnifique
élan plein de promesses pour l’avenir.
C’est cet avenir que la ville de Lens, fière de ses enfants, riche
de leur travail et de leur gloire, regarde en face avec confiance. Une main
sur son écusson que la Croix de guerre et la Croix de la Légion
d’honneur ennoblissent ; elle croise l’autre sur sa poitrine dans une attitude
de défi et foule au pied un des engins de mort dont elle ne connaît
que trop les effets.
Ce défi c’est à la guerre qu’elle le lance ; à la guerre
génératrice de deuil et de misère, instrument de domination
et d’asservissement.
Tout dans l’œuvre du statuaire Lesieux, qui répond si bien à
nos sentiments les plus intimes, crie notre haine de la guerre, hideux vestige
d’une antique barbarie. Tout évoque la paix bienfaisante dans laquelle
se développent par le Travail et le Progrès, les plus nobles
aspirations de l’humanité. tout nous convie à réaliser
le rêve du poète où : « les peuples forgeront les
forces souveraines, d’où partira la paix, l’idéal éternel
».
Il termine son discours en remerciant au nom de la ville de Lens, tous ceux
qui collaborèrent à l’œuvre d’érection du monument et
notamment : MM. Lesieux, statuaire et Barthelet, architecte qui le conçurent.
Discours de M. Neuville
M. Neuville, président de l’association des mutilés de Lens
prend ensuite la parole en ces termes : « honorer ainsi nos grands
morts, c’est bien. Mais pourtant là ne doit pas s’arrêter notre
devoir si nous ne voulons pas démériter de ceux qui ont fait
le sacrifice de leur sang. A leurs orphelins, à leurs veuves, à
leurs vieux parents et aussi à leurs frères d’armes affreusement
mutilés, la nation reconnaissante doit assurer la vie. Qu’il me soit
permis de remercier M. Herriot de l’effort qu’il a accompli pour donner satisfaction
aux victimes de la guerre. Malheureusement, la tâche fut incomplète
puisque nous voudrions voir accorder aux orphelins une plus large réparation.
Pour ceux que la mitraille a épargné, mais qui, d’avoir souffert
les heures tragiques des tranchées deviendront des vieillards avant
l’âge, à ceux-là la nation se doit d’assurer les vieux
jours par la retraite du combattant. Droit et justice ne doivent pas être
de vains mots à l’égard de ceux qui ont combattu pour le faire
respecter.
Ce monument pour la génération présente sera le vivant
souvenir ; pour les générations futures l’image de ce que fut
la tragédie sanglante 1914-1918 et cela est nécessaire, non
pas dans un but d’entretenir ces haines féroces qui engendrent les
guerres, mais pour mieux en faire comprendre les horreurs aux peuples qui
deviendront meilleurs et s’élèveront énergiquement contre
toutes nouvelles tragédies sanglantes : la guerre pour l’abolition
de laquelle 1.500.000 Français sont tombés.
Les survivants plus que tous autres ne veulent plus la guerre : ils en ont
trop souffert, ils en souffrent encore ! »
M. Herriot se lève à son tour et assez brièvement fait
un tableau assez saisissant du martyre de Lens détruite de fond
en comble au cours de la guerre.
Il félicite les Lensois du travail accompli par eux pour le relèvement
de leur cité. Puis se tournant vers le monument : « Soldats
qui êtes tombés pour la justice et la liberté nous travaillons
pour que votre sacrifice ait été utile et pour que la France
puisse poursuivre ses destinées. O morts, nous n’oublierons ni votre
mémoire, ni votre exemple. Soyez salués. Vive la République
immortelle ! »
L’émotion de la foule est à son comble et une immense ovation
couvre les dernières paroles de ce discours.
Le défilé s’organise ensuite. Deux cents sociétés
défilent dans toutes les rues de Lens. Et pendant que la ville retentit
des accents des fanfares, M. Herriot reprend le train pour Paris.
La fête est terminée.
Elle laissera à tous ceux qui y assistaient, un souvenir ineffaçable.
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Sources :
- Le Journal de Lens
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