La société des mines
de Lens a solennellement honoré ses morts pour la France, dimanche,
en inaugurant un superbe monument, œuvre de M. Schmitt ingénieur
des mines de Lens, et Gaudier-Rombaut, sculpteur à Jeumont.
Ce monument a été érigé sur un terrain
aux abords de la grande cité du n°12, à l’angle du
chemin de la fosse et de la route nationale de Lens à Béthune
; il est composé d’une haute pyramide de pierre bleue portant des
attributs de mineurs en bronze. Sur les face du socle sont inscrits les
noms des ingénieurs, employés, ouvriers et retraités
des mines de Lens tombés au champ d’honneur de 1914 à 1918.
le tout est entouré de parterres de fleurs et de parcs gazonnés
qu’enclot une balustrade.
A neuf heures du matin, MM. Félix Bollaert, président
du conseil d’administration, et Cuvelette, directeur général
des mines de Lens, entourés des ingénieurs et chefs de
service, procédèrent à l’inauguration de la plaque
commémorative aux anciens élèves de l’école
du n°12 ; la musique de cette cité et diverses sociétés
rehaussèrent de leur présence l’éclat de cette
manifestation du souvenir.
Dans la matinée, des messes furent dites dans chaînetières
des communes où résidaient les ingénieurs, employés
et ouvriers de la société des mines de Lens morts pour
la France.
A dix heures, une grand’messe fut chantée à l’église
Saint-Edouard en souvenir de tous les héros mineurs.
A onze heures, M. le chanoine Régent,
aumônier militaire du 1er corps d’armée, officier de la
Légion d’honneur, procéda à la bénédiction
du monument aux morts au milieu d’une foule nombreuse et recueillie,
dans laquelle se trouvait tout le haut personnel de la société
des mines de Lens.
A trois heures eut lieu l’inauguration officielle du monument.
Les sociétés avec leurs drapeaux et bannières
sont massés autour du monument, ainsi que les familles des morts
; puis dans les tribunes spécialement aménagées
prennent place MM. Bollaert, président du conseil d’administration
; Descamps, vice-président ; Wallart, Bigo, Jules Tacquet, administrateurs
; Cuvelette, directeur général ; Buchet, sous directeur ;
Verrier, Guinamard, Brachet, Coulon, Hanicotte, ingénieurs en chef
des mines ; le chanoine Régent, aumônier militaire du 1
er
corps d’armée ; le chanoine Henneguet ; Couhé, député
du Pas-de-Calais ; Lefebvre, président de la société
des médaillés des mines de Lens ; de nombreux ingénieurs
des mines voisines et de Lens, etc.
Un garde à vous est sonné ; le moment est solennel
; tout le monde se découvre ; le voile tombe et le monument apparaît,
salué par les accents de la Marseillaise exécutée
par l’harmonie des mines de Lens.
M. Bollaert, président du conseil d’administration, fait
la remise du monument et prononce le discours ci-dessous :
« mes chers concitoyens,
en érigeant ce monument, la société des mines
de Lens veut célébrer et magnifier les neuf cents héros,
ingénieurs, employés, ouvriers et retraité, qui ont
payé du sacrifice de leur vie la défense du territoire de
la France et que dieu a rappelés en son sein.
Dans un concours tout familial et en union sacrée, nous
saluons, en cet instant, le geste magnifique par lequel ils se sont donnés
tout entiers à la plus sublime des causes.
Et, vous le voyez, ce monument de la reconnaissance s’élève
à l’endroit où ceux des nôtres qui furent dans la
nécessité de fuir Lens envahi, se virent protéger
dans leur retraite vers Béthune par nos vaillantes troupes qui
opérèrent une fière résistance à la
masse énorme des envahisseurs.
Octobre 1914, il y a onze années date pour date !
Quel terrible et émouvant spectacle… et puis l’occupation
longue et sinistre de Lens et de nos exploitations.
Aujourd’hui, après des miracles d’énergie et sous
l’impulsion tenace d’un chef génial, auquel je rends publiquement
hommage, les collaborateurs de tout ordre de la société ont
réussi à relever des ruines défiant toutes description.
Il importait donc qu’au centre des cités ouvrières
reconstruites près des fosses remises en état d’extraction,
ces héros, ces chers morts qui n’ont pu apercevoir la victoire,
but de leu courage ; eux dont la mémoire n’a pas quitté
nos cœurs fidèles, fussent solennellement le pieux objet de la
reconnaissance de tous.
Oui, immense est le trésor des remerciements dus à
ces grandes victimes du devoir qui nous ont sauvés. Il est assurément
digne d’être perpétué dans nos cœurs par l’appel
vibrant de leurs noms glorieux, et notre admiration pour eux est égale
aux regrets qu’ils nous inspirent.
Au nom du conseil d’administration de la société
des mines de Lens, je déclare ce monument inauguré et
je le remets à la vigilante garde de notre éminent directeur
général, Ernest Cuvelette.
Je le place également sous la protection jalousement dévoués
des familles de nos morts, afin que leur mémoire, sous cette
double sauvegarde, reste environnée de respect et préservée
de l’oubli.
Et tous nous dirons, unis : « ah ! que vive à jamais
notre patrie bien aimée, la belle et grande France ! ».
Le vibrant discours de M. le président du conseil d’administration
fut écouté respectueusement par une foule émue.
M. Ernest Cuvelette, directeur général des mines
de Lens, parla au nom de la grande famille des mines de Lens. Il assura
que le monument avait été élevé non seulement
à la mémoire des ingénieurs, employés, ouvriers
et retraités, mais aussi à leur gloire.
Il associa en terme très émouvant, les victimes civiles
aux victimes militaires de la Grande Guerre.
M. Cuvelette, exaltant le devoir et la reconnaissance que chacun
doit aux morts de la patrie, s’écria : « nous leur devions
de relever rapidement nos ruines grâces au labeur énergique
des populations du Nord ; cela fut accompli assez rapidement, et c’est
pour cela que nous avons eu à cœur de reconstruire les maisons
où ils étaient nés, les cités qu’ils avaient
habités, les mines où ils avaient travaillé ».
il termina e adjurant la foule d’être unie toujours étroitement
pour la grandeur de la patrie comme les morts l’ont été pour
la défendre.
Puis, eut lieu l’appel des morts par l’association des mutilés
et anciens combattants de Lens, au milieu d’un silence religieux interrompu
par la réponse répétée après chaque
nom : « mort pour la France ».