Voici comment le journal le
Courrier du Pas-de-Calais, rapporte l'inauguration du monument aux
morts de Monchy dans son édition du mercredi 31 mai 1922
Le commune de Monchy-le-Preux a
rendu, dimanche dernier, à ses morts, un émouvant hommage.
Le matin, à onze heures, un service solennel auquel assistait
en corps le conseil municipal et la section de l’UNC [Union Nationale
des Combattants] fut chanté dans l’église paroissiale.
M. l’abbé Neudin, professeur à Saint-Jean, de Douai, mit
en relief, dans une belle allocution, la grandeur du sacrifice des morts
de la guerre, pour lesquels il faut prier ; le devoir pour tous de s’intéresser
aux orphelins de la guerre, fils des héros.
La cérémonie du soir : remise du drapeau à la
section de Monchy-le-Preux de l’UNC, l’inauguration du monument élevé
à la mémoire des victimes de la guerre, favorisée
par le beau temps, dans le cadre grandiose du village en ruines, fut merveilleuse.
Les sections d’Athies, Feuchy, Wancourt, Haucourt, Vis-en-Artois,
Boiry-Notre-Dame, Hamblain-lès-Près, Guémappe, Pelves,
Plouvain, de l’UNC avaient répondu à l’invitation des camarades
de Monchy, et c’est un groupe compact de plus de 200 anciens combattants,
qui, drapeau déployé, défilèrent à une
allure martiale dans les ruines.
La concentration se fit à cinq heures, au pied du monument
; sur une tribune prirent place les autorités : M. Evrard, conseiller
général du canton de Vitry ; P. Florent , maire de Monchy-le-Preux
; le capitaine Pinchon, du 3e génie, représentant le général
commandant la place à Arras ; Marcel Salacroux, chevalier de la
Légion d’honneur, du bureau de l’UNC d’Arras ; MM. Crony frères
; Dupuich, président de l’UNC de Monchy ; l’abbé Mouchelin,
ancien aumônier militaire, curé de Roeux et de Monchy ; M.
Marc Scaillierez, conseiller de l’arrondissement.
M. Evrard ouvre la série des discours : il célèbre
les gloires du drapeau, qu’il est fier de confier aux anciens combattants
de Monchy-le-Preux ; M. Dupuich remercie les camarades des sections voisines,
qui, répondant à l’invitation de la section de Monchy,
donnent la preuve que les anciens combattants restent dans la paix unis
comme au front.
M. le maire de Monchy-le-Preux exprime
la reconnaissance de la commune aux généreux donateurs du
monument : M. Crouy, de Boulogne-sur-Mer. Il fait tomber ensuite le voilà
tricolore qui recouvre le cénotaphe, sobre d’architecture mais fort
artistique.
Ce fut avec émotion que l’on entendit l’appel des braves,
quand la France, symbolisée, répondait à chaque
nom : Mort au champ d’honneur. Ils sont 25, dont le commandant Ricq et
le capitaine Letierce, enfants de Monchy-le-Preux, tombés pour
la patrie. Avant de bénir le monument que surmonte une croix,
M. l’abbé Mouchelin rappelle que cette pierre est une pierre sacrée,
pieux hommage des survivants aux morts de la grande guerre, témoignage
de leur héroïsme aux générations qui montent
à la vie. Cette pierre est une table de la loi : chaque nom, gravé
en lettre d’or, redira à tous la nécessité du sacrifice,
du don complet de soi quand l’exige le sort de la patrie menacée.
Cette pierre, enfin, est un autel, sur lequel chacun doit immoler son égoïsme,
sacrifier ses préjugés pour maintenir étroite, entre
tous les Français, l’union sacrée qui fut un des plus grand
facteur de la victoire.
Après la cérémonie liturgique, M. Marcel Salacroux,
dans un discours dont nous donnons ici le texte, après un éloge
ému des morts, définit la tâche qui incombe aux anciens
combattants.
Les sociétés défilèrent ensuite devant
le monument, déposèrent des fleurs devant le bronze que
la 37e division écossaise a élevé à Monchy
à la mémoire de ses morts et M. Florent fils, dans un très
beau langage, affirma que toujours, sur la terre de France, seront associés
dans le même culte de reconnaissance tous les soldats qui, ensemble,
vécurent les mêmes angoisses, partagèrent les mêmes
souffrances, versèrent leur sans dans un même sacrifice.
La dislocation se fit devant le cimetière de Monchy-le-Preux,
après un discours de M. Deléplanque, secrétaire
de l’UNC et le chant du De Profundis.
* *
*
Discours du M. Dupuis, président de l’UNC
de Monchy :
Au nom des anciens combattants de
Monchy, il est un devoir pour moi de remercier les sociétés
d’avoir bien voulu répondre à notre appel pour la remise
de notre drapeau. Je remercie aussi de tout cœur, les spectateurs qui sont
venus par leur présence rehausser l’éclat de notre fête.
Ce drapeau aux trois couleurs, emblème de la patrie, que va vous remettre
un dévoué officier du génie, sera je l’espère,
le respect de tous les combattants, puisque pour lui nous n’avons pas hésité
à offrir notre vie sur le champ de bataille. Dès que l’ennemi
eut franchi nos frontières, le drapeau nous accompagna dans les tranchées,
dans les attaques ; il fut le premier à nous donner le courage pour
résister à cet ennemi brutal pendant de longues années
sous une avalanche de feu et de fer, et grâce à lui nous sortîmes
victorieux de cette fiévreuse attente.
Chers camarades, il est un devoir pour nous de nous grouper sans
distinction de partis, sous les plis de ce drapeau et si un jour cet
ennemi vaincu menaçait de nouveau nos frontières, nous n’écouterions
qu’une voix, celle du drapeau. Honneur et Patrie. Camarades, en ces jours
de paix, rallions-nous sous la devise écrite en lettres d’or sur
ce drapeau : Unis comme au front.
* *
*
Discours de M. Salacroux, secrétaire
général de l’UNC de Saint-Omer :
Mesdames, messieurs, chers camarades, Au nom de la section d’Arras
de l’union nationale des combattants, j’ai l’insigne honneur de venir
apporter aux soldats de Monchy-le-Preux, morts pour la patrie, le plus
cordial et le souvenir le plus reconnaissant.
O vous qui reposez dans un linceul de gloire
Salut à vous, jeunes héros, héros sacrés.
Dont le nom est entré, d’un seul coup, dans l’histoire
Parce que votre mort fut grande, expiatoire,
Et que dans la terre des vaillants, maintenant vous vivez !
C’est ainsi qu’un délicat poète saluait nos chers camarades
tombés sous la mitraille ou dans les bagnes ennemis. Héros
! oui ! car le devoir fut leur mot d’ordre ! malgré la fatigue,
la faim, la soif, la boue, la vermine, rien ne put les détourner
de leur idéal et c’est face aux boches qu’ils sont tombés,
nos chers poilus !
Héros sacrés ! car leurs cendres sont des reliques
que nous devons vénérer ; car enfin, qui a été
la rançon de la victoire !
Regardez ce monument et lisez les
noms de ces braves, partis gaiement, abandonnant femmes, enfants, parents,
maison, village pour répondre à l’appel de la patrie en danger.
Ils sont partis sans murmurer et ils se sont dépenser sans
compter au milieu de la fournaise infernale parmi les combats multiples
auxquels ils ont prit part.
Dans la fièvre des batailles, on ne prenait garde toujours
à ceux qui tombaient. Les hommes disparaissaient sous la terre bouleversée
par les mines et les obus. La rafale passait semant la mort à pleine
volée supprimant rageusement ces hommes d’élites.
Leur belle jeunesse pleine d’espoir et d’amour, leur sang bouillant
d’ardeur, voilà ce qu’ils ont donné à la France et
à nous tous : voilà le prix de notre délivrance.
Aussi, aujourd’hui, que leurs cendres sont revenues parmi vous, comment
ne pas honorer les restes de ceux à qui nous devons notre liberté
! ce monument est un hommage mais aussi un reliquaire sacré où
nous viendrons comme au pied d’un autel, prier pour la France et nous
retremper à une source intarissable de patriotisme. Ce monument
nous dira à tous : Souviens-toi ! et s’il est vrai que nous ne pouvons
les oublier, nous qui les avons connus, aimés, et qui gardons leur
mâle physionomie gravées en traits indélébiles,
dans les profondeurs de notre cœur et de notre mémoire, il est vrai
aussi qu’un jour nous irons les rejoindre en cette terre qui garde leurs
cendres refroidies !
Ce monument transmettra donc à la postérité
leurs noms glorieux et nos petits enfants en passant devant ce mausolée
diront : voilà les braves de la Grande Guerre.
Ils nous appartient aujourd’hui à nous, anciens combattants,
de nous grouper et de nous unir afin de perpétuer leur glorieux
souvenir et de réaliser les buts pour lesquels ils se sont immolés,
c’est-à-dire la grandeur morale, l’indépendance et la prospérité
de la patrie.
A nous, épargnés par la mitraille, d’exécuter
leur testament signé de leur sang et de prendre la défense
de ceux qu’ils ont aimés et qui pleurent en silence.
Aussi, au sein de nos associations d’anciens combattants comme au
sein de nos comités départementaux, dans le meilleur esprit,
du reste, avec les représentants officiels du gouvernement, nous
revendiquons pour les veuves, les orphelins, les ascendants de nos glorieux
morts, les droits imprescriptibles qu’ils ont acquis.
Unis comme au front, voilà notre devise. Qu’elle soit le cri
de ralliement pour grouper autour de ce monument de la concorde sacrée,
toute la population de Monchy-le-Preux.
Face aux morts, oublions nos discordes et formons le serment de rester
unis, de garder intact leur souvenir et de nous efforcer d’être
digne d’eux !
O morts aimés, pour qui la
paix continue,
O vous ne possédant pour funèbres
linceuls
Que les replis glacés d’une terre inconnue
Mais vous aussi, dont la dépouille est
revenue
Près du clocher natal, quand d’autres
seront seuls
O vous tous qui dormez, enveloppés de
gloire.
Salut à vous, jeunes héros, héros
sacrés
Dont le nom d’un seul coup est entré
dans l’histoire
Parce que votre mort demeure expiatoire
Et que dans la terre des vaillants maintenant
vous vivez !
* *
*
Discours de M. le maire :
Nous avons encore tous présent à la mémoire
cette union unanime dont été animée tous les français
pendant les cinq années de la Grande Guerre. Chacun a pu remarquer
avec quelle sollicitude tous les soldats d’une même commune aimaient
à correspondre ensemble, combien, après chaque attaque,
ils attendaient des nouvelles les uns des autres, combien était
grande leur joie lorsque la lettre tant désirée venait leur
apporter la certitude que leurs camarades étaient sortis sains
et saufs de la fournaise.
Malheureusement, quelquefois, et aussi malheureusement hélas
! trop souvent l’attente se prolongeait, puis on apprenait qu’un camarade
était resté sur le champ de bataille. C’était alors
la douleur au cœur de tous les compatriotes. Maintenant que la guerre est
finie, que chacun est rentré à son foyer, cette magnifique
union cimentée par la guerre reste intacte. Dès le retour
au pays, ne croyons nous pas tous les anciens combattants animés du
même esprit : conserver entre eux cette amitié qui fait que
l’on aime à se retrouver ensemble. Mais il manque au rendez-vous un
certain nombre d’entre eux qui ont versé leur sang pour leur pays.
Ceux qui ont eu le bonheur de revenir chez eux n’oublient pas les absents
qui leur sont, on peut le dire, encore plus cher parce qu’ils restent les
plus désirés. N’en avons-nous pas une preuve en toute occasion
et particulièrement lorsque rentrent au pays les restes de nos glorieux
morts. Mais une preuve encore plus éclatante nous en est fournie aujourd’hui.
Depuis leur rentrée à Monchy-le-Preux, les anciens combattants
n’avaient qu’une pensée : conserver à jamais le souvenir des
leurs tombés au champ d’honneur, graver leur nom sur un monument
qui doit toujours rester pour perpétuer leur mémoire. Malheureusement,
il fallait attendre car ils ne pouvaient avoir immédiatement les
ressources nécessaires pour réaliser leur projet. Spontanément,
un de nos concitoyens connaissant ce grand désir qu’il partageait
d’autant plus qu’un des siens était tombé au champ d’honneur,
s’appliquait lui aussi à le réaliser et dernièrement
il nous annonçait que MM. Crouy à qui il avait parlé
de ce projet offraient gracieusement aux anciens combattants de Monchy-le-Preux,
le superbe monument que nous inaugurons aujourd’hui.
Au nom de toute la commune, au nom des anciens combattants, au nom
particulièrement de toutes les familles qui ont le nom d’un des
leurs gravés sur le monument, je viens leur en exprimer tous nos
remerciements.
Que tous ceux qui ont prêté leur concours gracieux et
désintéressé pour l’érection de ce monument
soient aussi remerciés. Familles qui avaient eu la douleur de
perdre l’un des vôtres, à juste titre vous êtes fières
de voir ici son nom gravé en lettres d’or. camarades qui vous aussi
vous êtes associés à la douleur des parents, soyez
assurés que le sacrifice n’a pas été inutile. Il
fallait rejeter l’envahisseur, il fallait que la France victorieuse fasse
triompher le droit et la liberté.
Vous tous qui êtes ici, vous l’avez compris, votre démarche
le prouve. Merci à tous qui êtes venus rendre un suprême
hommage à nos morts glorieux, à ceux qui ont versé
leur sang pour conserver votre liberté.
* *
*
Discours de M. Desplanques
En 1915, mourait victime de la guerre, Louis Delattre, notre éminent
chef de musique un de nos grands camarades, modèle de solidarité,
ami sincère ; peu de temps après l’armistice, ses cendres
furent transportées dans le caveau de famille ; beaucoup parmi
nous étant encore dans leur lieu de refuge, et notre association
n’étant pas formée, nous n’avons pu lui rendre les honneurs
que nous rendons à chacun de nos camarades. Aussi, je viens aujourd’hui
remettre sur sa tombe cette couronne, gage d’amitié et de reconnaissance
que nous offrons à nos braves.
Je ne pourrais laisser terminer cette cérémonie qui,
à jamais, restera inoubliable à Monchy-le-Preux, cérémonie
qui nous permet de montrer la reconnaissance que nous avons pour ces
braves qui ont trouvé la mort sur le champ de bataille.
Oui, chers camarades, au nom des combattants de Monchy, au nom des
combattants ici présents, à vous tous qui dormez en paix
dans vos tombeaux, à celui que nous attendons sous peu, à
vous chers disparus qui, ensevelie sous la terre que vous avez rougie
de votre sang, à vous victimes innocentes, j’adresse le plus fraternelle
salut. Que ce monument que nous inaugurons aujourd’hui excite [ont imagine
que l’auteur voulait dire « incite »] les jeunes générations
présentes et futures à prouver la reconnaissance qu’ils
vous doivent.
Oui, chers camarades, dormez en paix,
et si un jour l’ennemi vient à la frontière, si un jour
retentit de nouveau le cri de : Debout les morts, nous savons que vous
ne pourrez vous lever mais soyez convaincus que le souvenir de votre bravoure,
vos noms qui resteront immortels nous guideront de nouveau à la victoire.
Frères d’armes, que vos pères et mères, que
vos veuves, que vos orphelins soient fiers de voir vos noms inscrits
en lettres d’or sur ce monument qui sera, dès aujourd’hui, le respect
de tous.
Messieurs, découvrez-vous
Mesdames, prosternez-vous
Et rendons hommage à ceux qui furent des braves et qui, aujourd’hui,
n’existent que par leur gloire et par leur souvenir.
* *
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Discours de M. Paul Plouvent fils
Si notre devoir était aujourd’hui de rendre hommage aux enfants
de Monchy-le-Preux tombés au champ d’honneur, nous ne devons pas
oublier non plus ceux qui sont venus vaillamment se ranger à nos
côtés. Nombreux sont ceux aussi de nos alliés qui ont
versé leur sang pour la même cause que nous ; la défense
du droit et de la liberté. Ce monument élevé à
leur mémoire nous rappellera toujours leur bravoure et leur ténacité.
En passant, nous nous découvrons avec respect devant ces régiments
d’élite, nous saluons la mémoire de ces innombrables héros
tombés, soit en reprenant à l’ennemi notre village, soit
en résistant aux incessants assauts qu’ils eurent à y subir
pendant tout le temps qu’ils l’ont occupé.
De même nous leur fûmes unis dans le combat, nous voulons
maintenant que la mémoire de leurs morts soit associée à
celle des nôtres. Reposez en paix sur le sol ami, vous dont les parents
n’ont pas eu la consolation de vous retrouver au foyer familial au jour
de la victoire, et soyez assurés que nous ne vous oublierons jamais.
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