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MÉMOIRES DE PIERRE

NEUVILLE-SAINT-VAAST


Plaque à la 5ème division d'infanterie


Localisation :
Sur la façade de la mairie

Conflit commémoré : 1914-1918

Date d'inauguration : Juin 1930, en présence de l'écrivain Roland Dorgelès


Texte de la dédicace :

Après huit jours de combats ininterrompus
le village de Neuville-Saint-Vaast
a été le 9 juin 1915
repris aux Allemands par la 5ème division d'infanterie
que commandait le général MANGIN




  

Le journal La Croix du Pas-de-Calais rapporte l'inauguration de la plaque dans son édition du 15 juin 1930 :

Arrivés en gare d’Arras à 11 h 50, les cent vingt délégués rouennais, qu’accompagnaient MM. Roland Dorgelès*, le député aveugle de guerre Scapini** et Mme Scapini, le général Gibon-Guilhem qui présidait la délégation, le commandant Thaureau et le lieutenant Dépret, du 39e régiment d’infanterie, les cent vingt délégués, disons-nous, furent reçus à leur descente du train par M. Ernest Petit, le dévoué organisateur de la cérémonie qui allait avoir lieu ; M. Godart, maire de Neuville-Saint-Vaast ; M. Auléry, chef de l’état civil militaire du Pas-de-Calais et M. Rossé, commissaire spécial.
Après un déjeuner intime à l’hôtel de la Garde de Dieu , les délégués partaient en autocars pour Lorette, qu’ils visitèrent ainsi que les cimetières militaires environnants, puis ils se rendirent à Neuville-Saint-Vaast, où eut lieu à 15h30, l’inauguration de la plaque commémorative apposée sur la façade de la mairie et rappelant la reprise du village fameux, les 8 et 9 juin 1915, par le valeureux régiment rouennais. Cette cérémonie se déroula en présence d’une assistance considérable, dans une atmosphère impressionnante de simplicité. M. Godart, maire de Neuville, entouré de son conseil municipal, les anciens combattants neuvillois, les sapeurs-pompiers sous la direction de leur lieutenant M. Legay, et la fanfare de la commune, ainsi que les enfants des écoles, étaient rangés sur la place de la Mairie.
Après l’exécution de la Marseillaise, M. Godart prit le premier la parole pour souhaiter la bienvenue aux délégués et assura les libérateurs de sa commune de la profonde reconnaissance de ces concitoyens.
*  *
Au nom de ses camarades, M. Patoulet, président des anciens combattants du 39e régiment d’infanterie et chef de bataillon de réserve de cet intrépide régiment, remercia vivement la municipalité de Neuville et les dévoués organisateurs de leur aimable et actif concours et donna lecture du brillant ordre du jour suivant du général Mangin : « Soldat de la 5e division, votre superbe élan et votre inlassable ténacité ont réalisé mes prévisions. Vous vous êtes emparés des pierres de Neuville-Saint-Vaast, village puissamment organisé et vus avez démontré qu’il n’est pas d’obstacle à la valeur française. Le général commandant l’armée vous félicite. Je vous remercie. Je salue les morts pour la patrie et entre tous ces braves, le colonel Denis-Laroque tombé à la tête de son magnifique 129e. Vous allez reformer vos rangs éclaircis où de nombreux soldats vont s’enflammer au récit de vos exploits et vous préparer à d’autres combats qui seront décisifs ».
M. Dorgelès, salué d’une ovation, évoqua les terribles combats de juin 1915, et félicita les habitants de Neuville de la magnifique restauration de leur village : nous avons repris Neuville, dit-il, et eux l’ont refait.
A ce moment, Mme Derviau, institutrice, présenta des fleurs au grand écrivain, puis un élève des écoles, le jeune Bacqueville, récita un compliment fort bien tourné sur les œuvres de Roland Dorgelès.
Ce fut ensuite au tour de M. Scapini d’exprimer l’indicible émotion qu’il ressentait à se retrouver en ces lieux où il perdit la vue : c’est ici, dit-il au milieu de l’émotion générale, que j’ai eu la dernière vision du monde extérieur. C’est en effet au bois de la Folie que l’héroïque combattant reçu la terrible blessure qui entraîna pour lui la cécité.
M. Ernest Petit, au nom des anciens combattants neuvillois, adressa à leurs glorieux frères d’armes un salut vibrant et fraternel. Il salua en Dorgelès un des plus puissants écrivains de la guerre. Il remercia les anciens combattants du 39e RI et déclara que la mairie de Neuville portera comme un emblème de l’honneur la plaque du souvenir qu’on inaugurait.
Enfin, le général Gibon-Guilhem, ancien colonel du 39e RI, qui commanda les attaques héroïques des 8 et 9 juin 1915 évoqua en termes impressionnants cette lutte épique à laquelle il prit part à la tête de son valeureux régiment.
Les discours étaient terminés, l’ancien commandant Dycharry, du 59e RI, fit tomber le voile qui recouvrait la plaque, tandis que résonnaient de nouveau les accents de la Marseillaise.
 *  *
Après la cérémonie, les délégués allèrent déposer des gerbes de fleurs au pied du monument aux morts de la commune. Des vins d’honneur leur furent ensuite offerts, puis ils regagnèrent Arras où ils reprirent le train dans la soirée.


* Roland Dorgelès (15 juin 1885 à Amiens - 18 mars 1973 à Paris) Engagé dans l'infanterie en 1914, il incorpore l'aviation après une convalescence due à une blessure. En 1919, il écrit Les Croix de bois dans lequel il décrit avec précision la vie des poilus dans les tranchées. Roland Dorgelès reçoit le Prix Femina 1919 pour ce témoignage émouvant et son succès est tel qu'il décide de se consacrer à la littérature. Il écrit d'autres livres de guerre mais aussi des romans plus légers. En 1929, il devient membre de l'Académie Goncourt et en devient doyen d'élection. Correspondant de guerre dès 1939, il laissera derrière lui trois récits émouvants dans lesquels il confronte ses souvenirs des deux guerres

** Georges Scapini (4 octobre 1896 à Paris - 25 mars 1976 à Cannes). Aveugle de guerre, député nationaliste de Paris depuis 1928, il se fit le défenseur des Croix-de-Feu au Parlement lors des événements de février 1934. Président du Comité France-Allemagne depuis sa fondation en 1935, il en décida la dissolution six mois avant la déclaration de guerre. Membre du Comité de liaison parlementaire pour la défense de la paix formé en août 1939, il vota les pleins pouvoirs à Pétain. Arrêté en mai 1945, mis en liberté provisoire, il se réfugiera en Suisse en novembre 1949 à l'ouverture de son procès; la Cour de justice de Paris le condamnera par contumace à cinq ans de travaux forcés. Après s'être constitué prisonnier, il sera acquitté le 26 juillet 1952 par le tribunal militaire de Paris






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