Retour
MÉMOIRES DE PIERRE

NEUVILLE-SAINT-VAAST


neuvilleportrait leuregans
Monument aux morts de la 53e D.I. et de l’aspirant LEUREGANS



Augustin Leuregans, jeune homme de Cambrin, devança l’appel. Venu à pied de Boulogne, il essuya les tirs ennemis. Il meurt le 30 mai 1915.









Localisation : Entre Ecurie et Neuville-Saint-Vaast
 

Conflit commémoré :  1914-1918

Texte de la dédicace :

L’aspirant Augustin LEUREGANS du 236e d’Infanterie tomba ici glorieusement dans sa 18e année jetant cet appel à ses territoriaux : « Allons mes vieux papas, vous n’allez pas laisser votre enfant mourir tout seul »

Sur une plaque placée sur le devant (à l’origine elle était au verso) on lit le texte suivant « Ici la 53e division du 20e corps sous les ordres du général Berthelot et le commandement supérieur du général Balfourier a combattu en mai et juin 1915 pour la conquête du « Labyrinthe »

Matériaux employés : Pierre de taille


Descriptif : Porte au fronton un médaillon avec l’effigie en bronze de l’aspirant Leuregans. 2,50m de hauteur, 1,20m de largeur

Coût et financement : L’érection du monument est due semble-t-il à la famille Leuregans et aux anciens combattants de la 53e DI. Vente pour le franc symbolique au Souvenir Français (10/9/1948)
neuville Leuregans
Voici comment le journal La Voix de Notre-Dame de Lorette rapporte l’inauguration du monument à la gloire de la 53e D.I. et de l’aspirant Leuregans dans son numéro 42 (juillet-août 1926)

Tout près de la colline de Lorette, au cœur même du Labyrinthe, formidable bastion du front allemand en Artois et dont la prise demanda tant d’assauts et coûta tant de sang, on vient d’élever une stèle à la gloire da la 53ème division d’infanterie et d’un jeune brave entre les plus braves, l’aspirant Leuregans, mort le 30 mai 1915 à la Maison Blanche, à l’attaque du Labyrinthe.
La cérémonie, présidée par le général Berthelot, entouré de nombreuses personnalités militaires et civiles, et des membres de la famille Leuregans, commença à la chapelle provisoire de Lorette, où M. le chanoine Barbier célébra la messe pour les morts de la 53e DI et prononça une émouvante et patriotique allocution.
Elle se continua ensuite au Labyrinthe, au milieu d’une immense et sympathique affluence. La stèle est bénite par M. le vicaire général, délégué de Mgr Julien. Nous sommes heureux de reproduire le discours de circonstance prononcé par le général Berthelot.

Discours du général Berthelot
Permettez-moi, avant tout, de remercier de tout cœur le comité du monument à la gloire de la 53e division et à la mémoire de l’aspirant Leuregans, de m’avoir aujourd’hui, jour anniversaire de l’attaque du Labyrinthe, l’occasion d’exalter le souvenir de ceux qui sont tombés sur ce sol, aussi meurtri que leur chair et d’affirmer ainsi une fois de plus que la patrie n’est pas seulement la terre où vécurent nos aïeux, mais aussi l’emblème qui confond les restes de ceux qui y reposent et l’âme toujours vivante de leur souvenir.
Dans cette 53e division, composée au début de Parisiens et de Normands, d’autres français de diverses provinces étaient venus remplacer les morts et disparus des neuf mois de guerre écoulés, et non seulement des réservistes de 25 à 32 ans, mais encore de tous jeunes gens, dont l’aspirant Leuregans, fut en quelques sortes le benjamin, et de vieux engagés volontaires, pour la durée de la guerre, comme le caporal Courtot, que leur âge dégageait de toute obligation militaire.
Venue du secteur de Bray, où, fichée comme un coin dans les lignes allemandes, elle avait appris à recevoir, sans émotions, des coups provenant des points opposés de l’horizon, la 53e division arrivait à la Xème armée à la veille de la première de nos grandes offensives et elle comptait bien y jouer son rôle. Mais, bien que entre temps elle eût participé par morceaux à diverses attaques, ce ne fut qu’à la fin de mai qu’elle put montrer toute sa valeur.
Il s’agissait de reprendre ce morceau de sol français que nous avons sous les yeux, travaillé de tranchées, barricades, boyaux, entonnoirs, cratères, abris que les photographies aériennes montraient sous la forme d’une toile d’araignée si compliquée que les premiers assaillants l’avaient appelé : le Labyrinthe.
L’attaque commença le 30 mai. Pendant 5 journées consécutives, sans arrêt, les 205, 224, 228, 236, 319 et 329 régiments attaquèrent jour et nuit, à coup de fusils, de mitrailleuses et de grenades, faisant de nombreux prisonniers et obligeant l’ennemi à relever par deux fois ses troupes attaquées. Puis, à partir du 4 juin, c’est le travail à la sape, l’organisation pendant la nuit de tranchées et d’abris que l’artillerie allemande démolit dans la journée, la conquête mètre à mètre des lignes ennemies, l’attaque de barricades, l’enlèvement de chemins creux, de l’entonnoir, de la salle des fêtes, le combat à la grenades où jeunes et vieux sont passés maîtres. Et cela, sous un bombardement comme on n’en a pas encore vu. Toutes les pièces allemandes de gros calibre, jusqu’au 305, y participent. Le bombardement est incessant. Le terrain s’aplanit de plus en plus. On ne reconnaît plus le sol ; plus de tranchées, plus de boyaux ; les mitrailleuses, les canons de tranchées sont démolis et enterrés. Mais on avance toujours. Et le 17 juin, tout le labyrinthe est entre nos mains. La 53e division a enfin droit à la relève. Elle ne partira pas du moins sans un témoignage d’admiration et de gratitude du commandant du 20e corps d’armée et du chef de la Xème armée.
 Voici ce que dit le général Balfourier :
« après un mois et demi de combat, la 53e division quitte le 20ème corps, lui confiant la garde d’un terrain conquis aux prix d’efforts incessamment renouvelés.
Mise à disposition le 10 mai, la 53e division entrait aussitôt dans la bataille. Les 224 et 329 appuyant le 11 mai la 11ème division, le 319 attaquant le 12 mai avec la 39e division les lisières ouest de Neuville-Saint-Vaast, ces trois régiments s’engageaient en rase campagne, sans souci des pertes éprouvées sous le feu de l’artillerie.
A partir du 24 mai, reprenant la disposition de vos forces, vous entrepreniez la conquête du Labyrinthe, d’abord par une attaque d’ensemble, puis, combattant pied à pied, à coups de grenade et faisant de nombreux prisonniers.
Après avoir ainsi affirmé leurs qualités offensives et leur cohésion dans une action d’ensemble, vos cadres et vos troupes donnaient un bel exemple de valeur individuelle et de ténacité.
Je tiens à vous assurer mon cher général, que le 20ème Corps d’armée conservera avec reconnaissance le souvenir de l’aide précieuse que votre division lui a constamment apporté au cours de ces rudes combats. Vous voudrez bien agréer pour vous et exprimer à vos officiers et à vos troupes, mes remerciements, mes regrets et mes sentiments de sincère admiration. Signé : M. Balfourier»

Neuville-Saint-Vaast - carte postale du monument Leuregans

Le général d'Urbal m'écrit à son tour :
"Mon cher général, je tiens à vous exprimer, ainsi qu'aux troupes sous vos ordres Toute ma satisfaction pour la rigueur et l’endurance dont chefs et soldats ont fait preuve au cours de longues et pénibles opérations qui ont permis d’affirmer leurs solides qualités militaires et de réaliser des progrès important ».
Si ces éloges sont mérités ? Je voudrais pouvoir vous citer les centaines de citations décernées aux braves de la division. N’aurait-il pas fallu en donner tous ? En voici quelques-unes de caractéristiques :

MORVAN, soldat au 329 : Excellent soldat qui choisit toujours les postes les plus dangereux. A combattu à coups de grenades pendant deux heures, allant assaillir l’ennemi en rampant dans des boyaux et en se portant jusqu’à la hauteur de sa barricade pour assurer l’efficacité de tous ses coups. Par sa belle conduite, a provoqué les cris d’admiration de tous ses camarades auxquels il a donné l’exemple du plus grand courage. A été grièvement blessé.

Sous-lieutenant FEREMBACH, du 205 : A chargé en tête de sa section à l’assaut du 30 mai sur une tranchée ennemie fortement organisée. Arrivé le premier, a lutté, le revolver en man et dirigé un violent combat de grenades. Est tombé la mâchoire fracassée, et, malgré sa blessure, a continué à commander jusqu’à l’épuisement de ses forces.

MARTINEAU, soldat au 326 : D’une bravoure qui fait l’admiration de tous ses camarades. Le 30 mai, au cours de l’attaque des tranchées allemandes, s’est porté jusqu’aux fils de fer ennemi et n’a pu regagner les lignes françaises qu’à la nuit et en rampant. Est retourné à plusieurs reprises, sous une violente fusillade, en avant de la tranchée et a réussi à ramener sept de ses camarades blessés.

RAND, soldat au 329 : le 1er juin, au cours d’une attaque, ayant découvert dans un élément de tranchée dix allemands armés, se précipita seul sur eux, baïonnette au canon. Grâce à son sang-froid, à son attitude énergique et courageuse, il décida le groupe ennemi à se rendre sans résistance, les désarma et les ramena à sa section.

CADIOU, soldat au 319 : dans l’attaque d’une tranchée ennemie, ayant eu les deux mains et un pied arrachés par l’explosion d’une grenade, s’est traîné pendant trente mètres, ainsi mutilé, pour rejoindre nos lignes. A dit à ses camarades qui le relevaient : regardez comme ils m’ont eu, mais ils ne m’auront pas davantage. Est mort quelques instants après.

MAUDELONGE, sous-lieutenant au 205 : officier très courageux. A énergiquement conduit sa compagnie pendant les combats des 17 et 18 juin ; s’est particulièrement distingué dans la nuit du 18 au 19 où blessé, il  refusé de se faire enlevé par ses hommes en leur disant : faites votre devoir, ne vous occupez pas de moi !

ZIMMER, soldat au 329 : au combat du 2 juin, a sauté le premier dans la tranchée ennemie ; blessé à la main et ne pouvant plus lancer de grenade, a installé un créneau de sacs dans la direction d’une mitrailleuse sur laquelle il s’est mis à tirer en criant : Il faut que j’en descende encore un. N’a consenti à se retirer que sur l’ordre formel de son chef.

LECOMTE, caporal au 205 : a montré une audace et une bravoure dignes de tous éloge en se portant à la tête de son escouade de grenadiers à l’assaut d’une sape allemande, le 30 mai. Le 1er juin, s’est porté avec ses grenadiers, à l’attaque d’une tranchée ennemie, et grâce à son sang-froid, à sa ténacité et à sa grande bravoure, a permis de conquérir cette tranchée, malgré une blessure reçue dès le début de l’action. Ne s’est laissé pansé que sur ordre de son chef.

PIERSON, sergent-major au 205 : chargé d’enlever une barricade fortement défendue, et tous ses grenadiers ayant été tués ou blessés, a continué seul la lutte à coups de grenades avec une audace et une intrépidité remarquables et a emporté la barricade.

DELAUNAY, soldat au 236 : Brancardier, a eu la poitrine traversée en allant panser un de ses camarades blessé. Tombé près des fils de fer ennemis, s’est traîné à grande peine au poste de secours, refusant l’aide de l’équipe de brancardiers pour ne pas ralentir la relève des autres blessés.

L'endroit incite le poète à s'exprimer, voici un texte de Marie-Christine Lustri qui rend hommage à ceux qui laissèrent leur vie sur ces terres d'Artois :

Je sais un endroit où deux arbres
Montent la garde fidélement
Sur un enfant mort par les armes,
Il n'avait même pas vingt ans.
 
Aujourd'hui, le blé on moissonne,
Là ou des vies furent fauchées.
Le vent dans leurs branches frissonne
Que reste-t-il pour rappeler
Qu'ici un jour avec ses hommes
A dix-sept ans il est tombé.
Aujourd'hui, poussent les champs de blé,
Là où tombérent ses "Vieux Papas".
Recouverts d'un linceul doré
Ils ne se réveilleront pas.
 
Le blé, dans les plaines d'Artois,
A un goût que les autres n'ont pas.
Le goût du sang que  l'on versa
Et des larmes que l'on pleura.
 
Que jamais plus de ce blé-là
On ne sème en plaines d'Artois,
N'oubliez pas, "plus jamais ça".
Que les enfants de dix-sept ans
Y courent toujours librement,
Et que les épis ondoyants
Cachent leurs amours débutants
Plutôt que d'éternel dormants.
 
MC LUSTRI



Sources :
- Pour la reproduction de la carte postale voir le site de Neuville-Saint-Vaast
: http://www.neuville-saint-vaast.fr/
- Remerciement à MC Lustri pour la visite guidée qui m'a permis de découvrir la localisation de ce monument






Si il vous plaît d'utiliser les informations de ce site pour un usage quelconque, merci de faire mention de vos sources