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Voici comment le journal La Voix
de Notre-Dame de Lorette rapporte l’inauguration du monument à
la gloire de la 53e D.I. et de l’aspirant Leuregans dans son numéro
42 (juillet-août 1926)
Tout près de la colline de Lorette, au cœur même du Labyrinthe,
formidable bastion du front allemand en Artois et dont la prise demanda tant
d’assauts et coûta tant de sang, on vient d’élever une stèle
à la gloire da la 53ème division d’infanterie et
d’un jeune brave entre les plus braves, l’aspirant Leuregans, mort le 30
mai 1915 à la Maison Blanche, à l’attaque du Labyrinthe.
La cérémonie, présidée par le général
Berthelot, entouré de nombreuses personnalités militaires et
civiles, et des membres de la famille Leuregans, commença à
la chapelle provisoire de Lorette, où M. le chanoine Barbier célébra
la messe pour les morts de la 53e DI et prononça une émouvante
et patriotique allocution.
Elle se continua ensuite au Labyrinthe, au milieu d’une immense et sympathique
affluence. La stèle est bénite par M. le vicaire général,
délégué de Mgr Julien. Nous sommes heureux de reproduire
le discours de circonstance prononcé par le général
Berthelot.
Discours du général
Berthelot
Permettez-moi, avant tout, de remercier de tout cœur le comité
du monument à la gloire de la 53e division et à la mémoire
de l’aspirant Leuregans, de m’avoir aujourd’hui, jour anniversaire de l’attaque
du Labyrinthe, l’occasion d’exalter le souvenir de ceux qui sont tombés
sur ce sol, aussi meurtri que leur chair et d’affirmer ainsi une fois de
plus que la patrie n’est pas seulement la terre où vécurent
nos aïeux, mais aussi l’emblème qui confond les restes de ceux
qui y reposent et l’âme toujours vivante de leur souvenir.
Dans cette 53e division, composée au début de Parisiens
et de Normands, d’autres français de diverses provinces étaient
venus remplacer les morts et disparus des neuf mois de guerre écoulés,
et non seulement des réservistes de 25 à 32 ans, mais encore
de tous jeunes gens, dont l’aspirant Leuregans, fut en quelques sortes le
benjamin, et de vieux engagés volontaires, pour la durée de
la guerre, comme le caporal Courtot, que leur âge dégageait
de toute obligation militaire.
Venue du secteur de Bray, où, fichée comme un coin dans
les lignes allemandes, elle avait appris à recevoir, sans émotions,
des coups provenant des points opposés de l’horizon, la 53e division
arrivait à la Xème armée à la veille de la première
de nos grandes offensives et elle comptait bien y jouer son rôle. Mais,
bien que entre temps elle eût participé par morceaux à
diverses attaques, ce ne fut qu’à la fin de mai qu’elle put montrer
toute sa valeur.
Il s’agissait de reprendre ce morceau de sol français que nous
avons sous les yeux, travaillé de tranchées, barricades, boyaux,
entonnoirs, cratères, abris que les photographies aériennes
montraient sous la forme d’une toile d’araignée si compliquée
que les premiers assaillants l’avaient appelé : le Labyrinthe.
L’attaque commença le 30 mai.
Pendant 5 journées consécutives, sans arrêt, les 205,
224, 228, 236, 319 et 329 régiments attaquèrent jour et nuit,
à coup de fusils, de mitrailleuses et de grenades, faisant de nombreux
prisonniers et obligeant l’ennemi à relever par deux fois ses troupes
attaquées. Puis, à partir du 4 juin, c’est le travail à
la sape, l’organisation pendant la nuit de tranchées et d’abris que
l’artillerie allemande démolit dans la journée, la conquête
mètre à mètre des lignes ennemies, l’attaque de barricades,
l’enlèvement de chemins creux, de l’entonnoir, de la salle des fêtes,
le combat à la grenades où jeunes et vieux sont passés
maîtres. Et cela, sous un bombardement comme on n’en a pas encore vu.
Toutes les pièces allemandes de gros calibre, jusqu’au 305, y participent.
Le bombardement est incessant. Le terrain s’aplanit de plus en plus. On
ne reconnaît plus le sol ; plus de tranchées, plus de boyaux
; les mitrailleuses, les canons de tranchées sont démolis et
enterrés. Mais on avance toujours. Et le 17 juin, tout le labyrinthe
est entre nos mains. La 53e division a enfin droit à la relève.
Elle ne partira pas du moins sans un témoignage d’admiration et de
gratitude du commandant du 20e corps d’armée et du chef de la Xème
armée.
Voici ce que dit le général Balfourier :
« après un mois et demi de combat, la 53e division
quitte le 20ème corps, lui confiant la garde d’un terrain
conquis aux prix d’efforts incessamment renouvelés.
Mise à disposition le 10 mai, la 53e division entrait
aussitôt dans la bataille. Les 224 et 329 appuyant le 11 mai la 11ème
division, le 319 attaquant le 12 mai avec la 39e division les
lisières ouest de Neuville-Saint-Vaast, ces trois régiments
s’engageaient en rase campagne, sans souci des pertes éprouvées
sous le feu de l’artillerie.
A partir du 24 mai, reprenant la disposition de vos forces, vous entrepreniez
la conquête du Labyrinthe, d’abord par une attaque d’ensemble, puis,
combattant pied à pied, à coups de grenade et faisant de nombreux
prisonniers.
Après avoir ainsi affirmé leurs qualités offensives
et leur cohésion dans une action d’ensemble, vos cadres et vos troupes
donnaient un bel exemple de valeur individuelle et de ténacité.
Je tiens à vous assurer mon cher général, que le
20ème Corps d’armée conservera avec reconnaissance
le souvenir de l’aide précieuse que votre division lui a constamment
apporté au cours de ces rudes combats. Vous voudrez bien agréer
pour vous et exprimer à vos officiers et à vos troupes, mes
remerciements, mes regrets et mes sentiments de sincère admiration.
Signé : M. Balfourier»
Le général d'Urbal m'écrit à son tour :
"Mon cher général, je tiens à vous exprimer, ainsi
qu'aux troupes sous vos ordres Toute ma satisfaction pour la rigueur et l’endurance
dont chefs et soldats ont fait preuve au cours de longues et pénibles
opérations qui ont permis d’affirmer leurs solides qualités
militaires et de réaliser des progrès important ».
Si ces éloges sont mérités ? Je voudrais pouvoir vous
citer les centaines de citations décernées aux braves de la
division. N’aurait-il pas fallu en donner tous ? En voici quelques-unes
de caractéristiques :
MORVAN, soldat au 329 : Excellent soldat qui choisit
toujours les postes les plus dangereux. A combattu à coups de grenades
pendant deux heures, allant assaillir l’ennemi en rampant dans des boyaux
et en se portant jusqu’à la hauteur de sa barricade pour assurer
l’efficacité de tous ses coups. Par sa belle conduite, a provoqué
les cris d’admiration de tous ses camarades auxquels il a donné l’exemple
du plus grand courage. A été grièvement blessé.
Sous-lieutenant FEREMBACH, du 205 : A chargé en tête
de sa section à l’assaut du 30 mai sur une tranchée ennemie
fortement organisée. Arrivé le premier, a lutté, le
revolver en man et dirigé un violent combat de grenades. Est tombé
la mâchoire fracassée, et, malgré sa blessure, a continué
à commander jusqu’à l’épuisement de ses forces.
MARTINEAU, soldat au 326 : D’une bravoure qui
fait l’admiration de tous ses camarades. Le 30 mai, au cours de l’attaque
des tranchées allemandes, s’est porté jusqu’aux fils de fer
ennemi et n’a pu regagner les lignes françaises qu’à la nuit
et en rampant. Est retourné à plusieurs reprises, sous une
violente fusillade, en avant de la tranchée et a réussi à
ramener sept de ses camarades blessés.
RAND, soldat au 329 : le 1er juin, au cours d’une
attaque, ayant découvert dans un élément de tranchée
dix allemands armés, se précipita seul sur eux, baïonnette
au canon. Grâce à son sang-froid, à son attitude énergique
et courageuse, il décida le groupe ennemi à se rendre sans
résistance, les désarma et les ramena à sa section.
CADIOU, soldat au 319 : dans l’attaque d’une tranchée
ennemie, ayant eu les deux mains et un pied arrachés par l’explosion
d’une grenade, s’est traîné pendant trente mètres, ainsi
mutilé, pour rejoindre nos lignes. A dit à ses camarades qui
le relevaient : regardez comme ils m’ont eu, mais ils ne m’auront pas davantage.
Est mort quelques instants après.
MAUDELONGE, sous-lieutenant au 205 : officier
très courageux. A énergiquement conduit sa compagnie pendant
les combats des 17 et 18 juin ; s’est particulièrement distingué
dans la nuit du 18 au 19 où blessé, il refusé
de se faire enlevé par ses hommes en leur disant : faites votre devoir,
ne vous occupez pas de moi !
ZIMMER, soldat au 329 : au combat du 2 juin, a
sauté le premier dans la tranchée ennemie ; blessé à
la main et ne pouvant plus lancer de grenade, a installé un créneau
de sacs dans la direction d’une mitrailleuse sur laquelle il s’est mis à
tirer en criant : Il faut que j’en descende encore un. N’a consenti à
se retirer que sur l’ordre formel de son chef.
LECOMTE, caporal au 205 : a montré une
audace et une bravoure dignes de tous éloge en se portant à
la tête de son escouade de grenadiers à l’assaut d’une sape
allemande, le 30 mai. Le 1er juin, s’est porté avec ses grenadiers,
à l’attaque d’une tranchée ennemie, et grâce à
son sang-froid, à sa ténacité et à sa grande
bravoure, a permis de conquérir cette tranchée, malgré
une blessure reçue dès le début de l’action. Ne s’est
laissé pansé que sur ordre de son chef.
PIERSON, sergent-major au 205 : chargé
d’enlever une barricade fortement défendue, et tous ses grenadiers
ayant été tués ou blessés, a continué
seul la lutte à coups de grenades avec une audace et une intrépidité
remarquables et a emporté la barricade.
DELAUNAY, soldat au 236 : Brancardier, a eu la
poitrine traversée en allant panser un de ses camarades blessé.
Tombé près des fils de fer ennemis, s’est traîné
à grande peine au poste de secours, refusant l’aide de l’équipe
de brancardiers pour ne pas ralentir la relève des autres blessés.
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