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MÉMOIRES DE PIERRE

ACHICOURT

Plaque à Arthur Cathelain

Localisation : Située sur la maison à l'angle des rues Victor Hugo et Emile Zola

Conflit commémoré :  1914-1918

Texte de l'épitaphe :

Cette maison fut habitée par Arthur Cathelain,
fusillé sans jugement en 1914 pour un crime de trahison qu'il n'avait pas commis ;
reconnu innocent, a été réhabilité par la cour d'appel de Douai en 1935



Cette réhabilitation fut plaidée par la Ligue des Droits de L'Homme, les habitants de la commune d'Achicourt et enfin par la presse, qui s'empara de l'histoire pour rendre justice à M. Cathelain. Voici comment le journal le Réveil du Nord plaide sa cause dans son édition du 23 octobre 1934 : "il y a vingt ans de cela, les Allemands étaient aux portes d'Arras. On voyait des espions partout. Dans la nuit sombre, à l’étage d’une charmante et coquette maison occupée par le vannier Arthur Cathelain, les gendarmes aperçurent une lumière vacillante. Nul doute, c’était des espions qui faisait des signaux et qui correspondait ainsi avec l’ennemi. La maison cependant ne pouvait être vu de l’Est. Le vannier Cathelain fut arrêté.
C’était le 19 octobre 1914. Deux gendarmes qui avaient vu ou bien cru voir une lampe à la fenêtre du grenier de la maison, entrèrent chez M. Cathelain pour faire une perquisition. Bien que l’opération n’eut donné aucun résultat, M. Cathelain, malgré quelques protestations d’innocence, fut arrêté aussitôt et emmené. Puis, dans la nuit du 19 au 20, les mêmes gendarmes se présentèrent chez mme Cathelain, restée seule à la maison. « L’un des deux policiers, déclare mme Cathelain, me donna l’ordre de le suivre. Il monta dans le grenier avec la lampe à pétrole, dont nous nous servions depuis 25 ans. Puis, il commença à enlever les tuiles, les cassant même pour aller plus vite. Il remonta la mèche pour activer la flamme et balança la lampe par-dessus le toit. Je le regardais faire, me demandant ce que cela signifiait. Il cria « a-t-on répondu ? ». Et d’en bas j’entendis « oui ». Je n’ai compris que plus tard que j’avais été le jouet d’une épouvantable comédie : la comédie des signaux lumineux ». la malheureuse Mme Cathelain déclara qu’aucun témoin n’assistait à cette scène.
Le lendemain, M. Arthur Cathelain, vannier, né à Bailleulmont en 1859, fut amené devant une fosse fraîchement creusée contre le talus du chemin de fer d’Arras à Saint-Pol, sur le territoire de Wagnonlieu et fusillé sans jugement. L’ordre tragique avait été donné par le général Anthoine qui commandait alors la division d’occupation et qui avait son quartier général à Duisans. M. Legrand Théodore, maire de la commune d’Achicourt en 1914 à qui on ne demanda aucun renseignement sur la conduite et la moralité de M. Cathelain ne fut prévenu de la mort de son citoyen qu’après l’exécution. L’exécution de M. Cathelain provoqua parmi les habitants de sa commune et de sa région une vive émotion. On sut également que le gendarme auteur de l’arrestation avait été décoré et qu’il avait touché une prime réservée à ceux qui arrêtaient les espions.
Tout aussitôt après la guerre, la famille du malheureux fusillé, dont son gendre, M. Grossemy, ancien combattant, mutilé de guerre, membre du conseil d’administration de l’union fédérale, fit-elle tout ce qui était en son pouvoir pour demander la réhabilitation de M. Arthur Cathelain. Le conseil municipal d’Achiocurt et son maire, M. Paul Coche, dans la séance du 13 avril 1929, ont émis le vœu de voir procéder à une enquête sérieuse et approfondie, qui établira l’innocence de M. Cathelain et permettra sa réhabilitation.
Dans une pétition signée par les habitants de la commune, ceux-ci « se portent garant de son honorabilité, de sa moralité, de sa bonne conduite et de son patriotisme ». La ligue des Droits de l’Homme, dès 1920, avait été avisée et a, dans ce but, également ouvert une enquête qui a lavé le malheureux vannier de cette terrible accusation. La section d’Arras de la ligue, que préside M. Mathon a, elle aussi, de son côté, mis tout en œuvre pour hâter cette réhabilitation. Des instructions ont été données par le ministère de la Guerre pour qu’une information judiciaire qui servirait à déclencher une procédure régulière de réhabilitation soit ouverte. Nous apprenons que plus de 20 témoins ont été convoqués à ce sujet par M. le juge d’instruction d’Arras et qu’ainsi le procès en réhabilitation est, cette fois, en bonne voie. 


Sources :
- le Courrier du Pas-de-Calais, 23 octobre 1934






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