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MÉMOIRES DE PIERRE

AZINCOURT

Monument commémoratif de la bataille d'Azincourt (25 octobre 1415)


Monument élevé par le Souvenir Français, inauguré le 12 mai 1963. l’inauguration fut suivie d’une reconstitution d’un cortège historique.

Un premier monument avait été érigé par le marquis de Tramecourt dans les années 1860, il  s'agissait d'un calvaire qui se trouvait sur l'emplacement de l'ancienne chapelle de la famille Tramecourt construite en 1734, et détruite en 1794 après avoir été vendue comme bien national. 


Inauguration : L’Abeille de la Ternoise du 18 mai 1963, rapporte la journée d’inauguration. Le journaliste n’est pas tendre avec les organisateurs et semble déplorer une ambigüité dans le message général de la journée, entre hommage à des combattants français et folklore mal maîtrisé. Il dépeint un spectacle à la limite du grotesque : un manque d’organisation évident, un défilé historique dépeint par le journaliste avec une ironie à peine dissimulée. On est assez éloigné des solennités, du recueillement et l’unanimité habituel des cérémonies d’inauguration de monument aux morts :


"A Azincourt, dans un climat d’entente cordiale, trois généraux français et 10000 spectateurs ont célébré le « terrible accident historique » que fut la bataille du 25 octobre 1415.

Il est inutile de le dissimuler, l’assistance a été quelque peu déçue par ce qu’elle attendait comme un spectacle de grande envergure, une grandiose reconstitution de la bataille de 1415. nous ne nous trompions pas la semaine dernière en mettant nos lecteurs en garde contre l’inflation publicitaire créée autour de cette prétendue reconstitution par une certaine grande presse, qui n’a pas pour autant désarmé puisqu’elle a compté 500(!) figurants dans le cortège historique. Il faut souligné aussi que toute cette orchestration avait déformé parmi le public le sens de la manifestation du 12 mai qui, dans l’esprit des organisateurs, devait être avant tout être une cérémonie destinée à honorer le souvenir des combattants d’Azincourt par l’érection d’un monument commémoratif. De reconstitution de la bataille il ne fut jamais question, le cortège ne devant qu’évoquer les protagonistes de la journée du 25 octobre 1415.
Voilà tout simplement à quoi tint un certain désappointement de la foule, évaluée à quelques 10000 personnes. On pourrait objecter par ailleurs que si l’abbé Delétoille – qui fut pratiquement l’artisan unique de la journée du 12 mai – avait su ou pu s’entourer de concours officiels ou privés, il eut été possible d’adjoindre à la cérémonie d’inauguration, une très grande manifestation historique et folklorique, qui aurait remarquablement servi le prestige du Ternois. Il est malheureusement des occasions qui se perdent et ne se retrouvent pas !

Quoiqu’il en soit, il est indéniable que le succès d’affluence fut complet et atteignit le record de toutes les manifestations qui ont pu se dérouler ces dernières années dans le Ternois. Jamais, depuis 1415, la champ de bataille n’avait été foulé par autant de monde : c’est par milliers qu’en voitures, en bicyclettes ou à pied on était venu sur le plateau d’Azincourt. En cette après-midi dominicale favorisée par un ciel ensoleillé presque hors saison. Les quelques deux kilomètres de la route Henri V étaient jalonnés par deux rangées compactes de spectateurs qui, après le passage du cortège, refluèrent vers le carrefour de Maisoncelle et s’agglutinèrent à la foule qui avait pris position près d’une heure avant la cérémonie. Cette véritable marée humaine couvrait littéralement les abords du monument.  Autour duquel les piétinements de la foule auront compromis les récoltes 1963 bien plus sûrement que les gelées de l’hiver dernier.
Mais revenons au début de l’après-midi, au centre de la commune de Maisoncelle, qui rappelons-le, fut le véritable théâtre de la bataille. Dans une ambiance bon enfant, la foule assistait à la mise en place du cortège historique ; M. l’abbé Delétoille s’agitait au milieu des groupes costumés, courant d’une ferme à l’autre où s’habillaient les figurants, distribuant les étendards à fleurs de Lys, accueillant un général ou un député, retournant vérifier le harnachement de quelque destrier ou passant en revue le charmant bataillon des nobles dames et de leurs pages.
A 15 h. sonnant, les fanfares de Blangy-sur-Ternoise et de Fruges donnaient le signal de départ du cortège qui allait emprunter la route Henri V, ainsi dénommée parce que au matin de la bataille, elle fut suivie par le roi d’Angleterre pour se rendre de l’église du village où il avait entendu la messe, jusqu’au lieu d’engagement de la bataille, là où vient d’être érigé le monument d’Azincourt. Comme Henri V, et précédés de hérauts d’armes, douze chevaliers en armures se mirent en marche, enfourchant non sans peine leurs fiers destriers rendus nerveux par l’attente et le brouhaha de la foule ; assez embarrassés dans leurs armures, les chevaliers avaient confié leurs larges boucliers aux damoiseaux dont tenaient lieu pour la circonstance les scouts du groupe de l’institution Saint-Louis de Saint-Pol.
Surgis du passé, bien qu’exerçant encore aujourd’hui un sport moyenâgeux, les Arbalétriers de l’Hesdinoise marchaient d’un pas martial, dans le costume d’époque, arcs et flèches en main, derrière le vénérable étendard de leur société centenaire et leur toujours jeune président, M. Pluquin. Censés représentés les français, les arbalétriers étaient suivis de près par un groupe d’archers figurant les anglais, visage noirci au cirage et la cuirasse fleurant bon l’encaustique. Des ménestrels, ces ancêtres de nos journalistes, escortaient les deux groupes, en quête de quelques faits d’armes à rapporter dans leur chanson de geste.
Et voici venir un héraut d’armes annonçant l’arrivée chevauchante des châtelains de Fressin, des duchesses d’Humières, de Créquy, des comtesses d’Azincourt, de Noyelles et de la baronne de Fontaines. Enfin, clou du défilé, cahotant derrière un solide boulonnais qui n’avait jamais tiré plus fier équipage, le carrosse « royal », un break aux couleurs pimpantes dans lequel avait pris place quatre nobles dames parées de leurs somptueuses robes de cour et de leurs gracieux hennins, escortées de huit gentils pages et dames d’honneur.
Tout au long du parcours, la route Henri V était jalonné d’oriflammes à fleur de Lys et de drapeau du règne de Charles VI ; durant le cortège, des haut-parleurs diffusaient de la musique d’époque grâce à la sonorisation des entreprises Duporge, de Saint-Pol, qui assurèrent également la retransmission des discours de la cérémonie d’inauguration.

L’inauguration de la stèle
Tandis que les figurants approchaient du monument, la foule prenait le pas sur des officiels fermant la marche du cortège et se rassemblait en véritables grappes humaines aux abords de la stèle autour de laquelle drapeaux des associations d’anciens combattants et étendards du XVe siècle mêlés, formaient une haie multicolore, claquant au vent.
Au pie d du menhir, et rapidement perdus au cœur de la foule qui resserraient son étreinte, les notabilités avaient pris place autour du général Hassler, grand croix de la Légion d’honneur, originaire d’Avesnes-le-Comte, à qui revenait l’honneur de présider cette journée en sa qualité de président de l’association la Chevalerie française – Azincourt 1415. Il était entouré des généraux de Groville et Dassonville ; du colonel Gallini, représentant le général Poytenot, président national du Souvenir Français ; de Mgr Evrard, ancien évêque de Meaux ; de MM. Delory et Béraud, député de Saint-Pol et de Montreuil ; de M. Coutet, conseiller général du Parcq ; du héros du jour, l’abbé Delétoille ; M. Jean de Cibié, de Lille, président des Provinces françaises, etc.

La bénédiction
La manifestation débuta par la cérémonie religieuse au cours de laquelle M. l’abbé Bocquillon, historien et curé de Marconnelle, procéda à la bénédiction solennelle du monument et invita la foule à se recueillir au souvenir des combattants de 1415, comme de celui des morts de toutes les guerres qui devaient marquer la suite des siècles, tirant ensuite de l’événement une opportune leçon d’union nationale.
Les discours
L’inauguration proprement dite fut une suite de développements oratoires, stoïquement écoutés par une foule patiente mais qui nous parut pourtant se clairsemer quelque peu au fil des discours. Le général Hassler se présenta le premier devant les micros : « nous sommes ici, dit-il, non pour célébrer la victoire anglaise ou la défaite française, mais pour honorer ceux qui sont tombés au champ des morts. Cette date du 12 mai a été choisie pour atténuer tout ce qu’à de douloureux pour nous le souvenir d’Azincourt, par l’évocation de la Pucelle qui, 14 ans après, chassa les Anglais hors de France et forgea l’unité nationale ».

On entendit ensuite M. Fillerin, de Renty, colonel de la Royal Air Force dans laquelle il s’engagea pendant la dernière guerre ; M. Fillerin se devait d’atténuer la fâcheuse impression laissée par le passage des Anglais  Azincourt : « Azincourt n’a été qu’un terrible accident dans le déroulement d’une longue lutte entre deux peuples que l’identité de leurs éléments ethniques n’auraient dû que rapprocher. » M. Fillerin souligna que la guerre de Cent ans n’avait au fond été déclenché que par une querelle juridique entre princes, dans laquelle par ailleurs, le sexe faible joua un rôle déterminant : la rivalité franco-anglaise trouve en effet son origine dans le mariage d’Eléonor d’Aquitaine avec Henri Plantagenet, futur roi d’Angleterre et ce fut jeanne d’Arc qui mit fin aux prétentions anglaises sur notre territoire national.
A son tour Mgr Evrard évoqua les alternatives diverses par lesquelles passèrent à travers les âges les relations entre la France et l’Angleterre et qui se conclurent heureusement par l’Entente cordiale. Il souligna ensuite le rôle important joué à Azincourt par la maréchaussée, ancêtre de notre gendarmerie, ainsi que par les moines de Ruisseauville qu’il compara aux brancardiers des armées modernes.
M. Delory rendit l’hommage du combattant de 1914-1918 au courage malheureux de la chevalerie française et convia la foule à respecter son souvenir comme celui de tous ceux qui, dans la suite des siècles, suivirent les combattants d’Azincourt dans une mort glorieuse.
Après que M. Jean Cibié eut apporté le témoignage des Provinces de France, le colonel Gallini rappela la part qui a été prise dans l’érection de la stèle par le Souvenir Français.
Ces discours achevés, on écouta dans le recueillement les hymnes britanniques et français, suivis du Chant de l’Artois qui mit un point final à la manifestation.
La foule se dispersa lentement, et lorsque le flot de voitures se fut écoulé, le plateau d’Azincourt retrouva le calme du soir de la bataille et les 10000 chevaliers et soldats s’en retournèrent à leur sommeil séculaire. "






Sources :
- l'Abeille de la Ternoise






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