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MÉMOIRES DE PIERRE

LIEVIN


Stèle Marie Liétard

Durant la Grande Guerre, Marie Liétard organisa une ambulance civile dans la ville occupée. Elle contribua ainsi à sauver de nombreuses vies et à soulager les souffrances de la population civile. Atteinte par un éclat d'obus en septembre 1918, elle décède le 3 septembre 1920. La Stèle a été érigée à l'initiative de l'Union des Poilus de Liévin. Le visage de Marie Liétard est ciselé dans la pierre.
Marie est née Philomène Marie, le 22 septembre 1869 à Lille, de Hortance Van der Haegen (née à Hoorelebeke, Belgique) et d'Emile-Joseph Fauvert (né à Ohain, Nord). Elle épousa Cyprien Liétard.


Localisation : Dans le cimetière

Conflit commémoré :  1914-1918

Marbrier : DELMOITIEZ, marbrier à Liévin


Acte de décès de Marie Fauvert, épouse Liétard

Le 3 septembre 1920 à sept heures et demi est décédée Fauvert Philomène Marie, sans profession, décorée de la croix de guerre, née à Lille le 21 septembre 1869, domiciliée à Bruay, fille de Fauvert Emile Joseph, rentier, et de Vanderhaegen Hortense, son épouse, sans profession, épouse de Liétard Cyprien.

Ses funérailles vu par la presse :
Le Petit Béthunois du 12/09/1920
Nous apprenons avec regret la mort de Mme Liétard, née Marie Fauvert, infirmière de l’Union des femmes de France, décorée de la Légion d’honneur, décédée le 3 septembre à Bruay, dans sa 51e année, des suites de blessures reçues à Caudry dont elle dirigeait l’hôpital.
Les funérailles ont eu lieu lundi matin, à Bruay, en présence d’une affluence considérable. Le corps a été ensuite transporté par chemin de fer jusqu’à l’arrêt de Bully où un cortège important s’est formé et s’est dirigé vers le cimetière de Liévin, précédé de la fanfare municipale et du conseil municipal de cette ville. Au cimetière de Liévin, où s’est faite l’inhumation, des discours émouvants ont été prononcés par MM. Aeschiman, pasteur, Plet, député du Nord, Druart, au nom de la Croix-Rouge, Delorme, au nom des Poilus de Liévin et Goulet, au nom du conseil municipal.

Liévin - stèle Marie Liétard

       L'inauguration de la stèle
L’Avenir de Lens, dimanche 23 avril 1922

Liévin
Manifestation de reconnaissance
Inauguration du monument élevé à la mémoire de Madame Liétard

Le lundi du Pâques, à 3 heures et demie, une foule nombreuse se trouvait réunie sur la place Gambetta pour rendre un suprême hommage à l’héroïque femme, morte victime de son dévouement.
Des jeunes filles costumées offrent des vues représentant le monument, œuvre de M. Delmoitiez, marbrier à Liévin, et parcourent les groupes qui portent des bouquets de fleurs et des drapeaux voilés de crêpes.
Le cortège se forme dans l’ordre suivant : tambours et clairons des sapeurs-pompiers, la fanfare municipal de Liévin, la compagnie de sapeurs-pompiers, l’union des poilus de Liévin, une société de boy-scouts fort nombreux et bien réglée, le Souvenir Français, le conseil municipal et M. Cadot, député-maire de Bruay, une délégation de la société de gymnastique l’Avenir, une délégation de l’harmonie des mines de Liévin, la section des mineurs de Liévin et la foule qui avait tenu à participer à cette cérémonie de reconnaissance.
Au cimetière, autour du monument, on remarque les dames, compagnes d’infortune de Mme Liétard, les bras chargés de fleurs. Un petit garçon lève son drapeau voilé de crêpe et, sur une estrade élevée à côté, les discours commencent après une sonnerie d’honneur exécutée par les clairons et tambours des pompiers.
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Discours de M. Delorme
Au nom du comité qui prit l’initiative d’élever ce monument, je viens remercier toutes les personnes et sociétés généreuses qui nous ont permis de mener à bien notre œuvre. Dans les sombres jours de l’occupation allemande, au moment où la mitraille s’abattait implacable sur notre cité, fauchant sans pitié des victimes innocentes par centaines et par milliers, une femme de grand cœur, une véritable femme du peuple, s’est élevée, ranimant les courages, réveillant les énergies, relevant les morts et soignant les blessés avec une véritable tendresse maternelle. Son dévouement était sans bornes et son esprit de sacrifice poussé jusqu’à l’oubli d’elle-même ; elle savait inspirer confiance à tous et plus d’une vie humaine, par ses soins, fut arrachée à la mort. Aussi tant de courage dépensé, devait être reconnu, et je me souviens d’avoir déposé des listes de pétition, portant des centaines de signatures et demandant une distinction honorifique pour cette femme de grand cœur. Mais notre demande ne fut pas prise en considération.
La reconnaissance n’est pas la principale vertu de nos dirigeants et le serment que nous faisions, au nom de l’union des poilus de Liévin, le 3 septembre 1920, le jour des funérailles de cette martyre du devoir, de réparer cet oubli, est aujourd’hui réalisé. Cette pierre où l’artiste a ciselé les traits de celle que nous honorons aujourd’hui, sera pour les générations à venir, un enseignement précieux, quand elles passeront devant elle en s’inclinant, et ainsi Mme Liétard continuera d’exalter les plus nobles sentiments humains.
Des voix plus autorisées que la mienne diront ici le complément de ma pensée et pour notre compte, nous sommes largement satisfait d’avoir mené à bien notre entreprise. Mes amis, au nom du comité d’érection de ce monument, à tous, je dis merci.
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Discours de M. Cadot
Le 2 août 1914, deux bandits, deux fous couronnés, jetèrent leurs armées contre la France, avec le dessein de l’envahir, de la saccager et de l’anéantir matériellement et moralement. Cette région houillère fut livré à l’ennemi qui s’y établit et la tint, sous une domination terroriste, pendant quatre longues et mortelles années.
Quelle somme de courage fut dépensée, par ces héroïques habitants de Liévin, qui ne purent partir à temps, tellement l’arrivée de l’ennemi fut rapide et furent retenus par ce dernier. Combien de personnes, venues des villages les plus éloignés d’ici, chercher des parents ou des amis furent également surprises par l’ennemi et durent rester prisonnières pour quatre ans, laissant soit l’époux, soit l’épouse, des enfants qu’on avait quitté le matin pour rentrer le soir ou le lendemain, en proie à la plus épouvantables des angoisses, car pendant longtemps on ne put savoir ce qui se passait dans la région envahie.
Mme Liétard et sa famille furent dans ce cas. Elle habitait Bruay, elle avait ses vieux parents à Liévin ; elle vint courageusement les voir pour les réconforter. Elle fut retenue par les soudards ennemis et ne put retourner à Bruay. Point de correspondance possible avec ceux qu’elle avait quittés et qui ne pouvaient savoir ce qui lui était arrivé. Cette femme avait le cœur bien placé et un caractère bien trempé. Loin de se décourager, elle chercha à être utile à tous ceux qui l’entouraient, accablés des malheurs de l’invasion.
Elle organisa des moyens de secours, une sorte de Croix-Rouge. Elle organisa l’ambulance civile sans craindre ni les obus qui tombaient dru, ni les menaces des allemands qui ne voulaient pas d’améliorations au sort de leurs victimes. Elle a sauvé de la mort bien des enfants auxquels elle a donné des soins maternels et elle eut le mérite de soigner ceux-ci et ceux-là, contrairement à certaines pratiques encouragées par l’ennemi, sans aucune considération d’ordre confessionnel, ni d’intérêt particulier.
La municipalité de Bruay a tenu à s’associer à l’érection de ce monument et elle a tenu à rendre un hommage public à sa concitoyenne si courageuse et si bonne. Et avec l’espoir que les nobles exemples, serviront d’enseignement à tous, Mme Marie Liétard au nom de la ville de Bruay, je vous salue.
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Discours de M. Goulet
Invité par des amis à venir saluer ici la mémoire de Mme Liétard, je n’aurai garde de manquer à ce devoir. Je l’ai vue à l’œuvre durant les sombres jours de notre histoire de l’occupation et j’ai été le témoin de ses actes de grand dévouement et de véritable héroïsme.
Elle mit sur pied, avec peu de choses, à ses propres frais, l’ambulance civile ; elle allait quêter partout en faveur de ses malades, des ses blessés ; elle passait des nuits à soigner les souffrants, à les veiller et les Allemands eux-mêmes étaient surpris de voir le courage de cette vaillante femme. Sous sa robe blanche d’infirmière elle bravait tous les dangers, luttant contre les bombardements effroyables qui laissaient chaque fois tant de victimes dans notre pauvre cité.
Et sa bonne humeur, son ardeur, avaient tellement galvanisé les énergies que les secours en argent et en nature affluaient à l’ambulance civile, malgré la grande détresse de la population.
Mais Mme Liétard qui avait si souvent échappé à la mort à Liévin, fut blessée gravement en coopérant au sauvetage des malades de Caudry, soignés dans l’hôpital de cette ville. Un éclat d’obus l’atteignit au mois de septembre 1918.
La guerre a vu tomber les trônes et les couronnes royales, le Tzar est disparu, le Kaiser l’a suivi, l’empereur d’Autriche aussi. Une autre reine est apparu dans le cimetière de Liévin sous les traits de cette statue : c’est madame Liétard, reine du bien !
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Discours de M. Degreaux
Un sentiment louable de solidarité réunit aujourd’hui toute la commune de Liévin autour de ce monument pour rendre un pieux hommage à la mémoire de Mme Marie Liétard, célébrer son héroïsme, honorer son souvenir en témoignage d’admiration et d’affectueuse reconnaissance et donner à sa famille une marque de sympathie et de respect. Nous n’exalterons jamais assez ce que la population restée sous la domination ennemie doit à cette vaillante femme qui, pendant les heures angoissantes des terribles bombardements, sous une pluie de fer et de feu, avec un courage héroïque sacrifia sa vie pour secourir les blessés et ramasser les morts.
Elle avait le culte de l’amour et de l’humanité, et cette étoile suffit à éclairer la route. Délaissant le foyer où la retenaient tant d’affection, elle s’immola pour accomplir ce qu’elle considérait comme un devoir. Il est superflu de traduire à nouveau le courage et l’abnégation de cette femme de cœur. Vous tous, ces compagnons de souffrance, qui à côté d’elle avez vécu les heures douloureuses de l’invasion, savez ce qu’elle fut.
Pour perpétuer son souvenir et afin que les générations futures gardent ancré profondément le culte sacré qui lui est dû, l’union des poilus de Liévin, à laquelle j’adresse mes plus sincères félicitations pour sa généreuse pensée, voulut qu’un monument exaltant sa gloire s’éleva à cette place. En prenant cette initiative, elle voulut que ce monument fut édifié par souscription publique pour que chacun puisse y apporter sa pierre avec un peu de son âme. Ce monument bien conçu et brillamment exécuté prend une signification particulièrement élevée, il ne glorifié pas seulement l’héroïsme de cette noble femme, il rappelle et symbolise en même temps le souvenir des innocentes victimes de l’horrible tragédie tombées sous les bombardements ou lâchement assassinées par les hordes teutonnes. Aux familles de ces martyrs si cruellement éprouvées, les veuves et les enfants j’adresse l’expression émue des sympathies unanimes de toute la commune. Et maintenant, permettez-moi au nom de toute l’administration et du conseil municipal et au mien en particulier d’exprimer mes plus vifs remerciements à toutes les sociétés qui ont bien voulues se joindre à nous pour rehausser de leur présence l’éclat de cette touchante cérémonie de reconnaissance. Et dans l’espoir que de pareils exemples de dévouement, servent à toutes les générations futures comme une véritable leçon de conduite dans la vie à l’égard de son prochain, je dépose cette gerbe de fleurs, symbole vivant de notre renaissance.
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Les discours terminés, la musique municipale joua un morceau de circonstance. Les gerbes de fleurs furent déposées au pied du monument ; puis les membres du conseil municipal ainsi que les notabilités allèrent présenter leur sympathie à M. Liétard, à ses fils, ainsi qu’aux autres membres de la famille, groupés à quelques pas du monument de l’héroïne.
La foule se retira visiblement émue par la grandeur et la simplicité de cette cérémonie, qui laissera une profonde impression à tous.



Sources :
- l'Avenir de Lens, 23 avril 1922
- R
egistre aux actes de décès de Bruay, année 1920, acte n°361

- Voir également un article de Jean-Pierre Roger, Notes sur Marie Liétard, héroïne de Liévin, dans la revue Gauhéria, le passé de la Gohelle, n°67, novembre 2008, p. 95-97
- Photographie de la stèle par Thadée Szalamacha (novembre 2009)





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